Faire un émail gris

Comment créer un émail gris ?

On parle ici d’un émail sur grès avec cuisson en oxydation au four électrique à haute température.

50 nuances de gris

Ce titre, c’est pour paraphraser la saga cinématographique de Sam Taylor-Johnson parue en 2015.  Il y a effectivement environ 50 nuances de gris achromatiques par assemblage de blanc et de noir. De plus, on compte environ 150 gris chromatiques dont la couleur peut couvrir toute la gamme du spectre. Il y a aussi toutes les variantes de « rendu » propre aux émaux: mat / brillant, transparent / opaque, perlé/granité, chaud/froid,…mais comme tu le sais, créer un émail qui te plaise vraiment c’est chercher la perle rare. On espère toujours et on recommence encore et encore.

En pratique, il faut tout-de-même que tu aies une petite idée de l’émail qui te plaît, mais les goûts et les couleurs…

Rechercher une recette qui me plaise

Consulte Glazy.org et entre les critères suivants:

Tu obtiens une trentaine de réponses.

Tu peux changer les paramètres et obtenir d’autres recettes.

Voici les 3 recettes retenues:

N°1/ RMC de Ronald Boersen  174695 (2021)

N°2/ R71 de Clara Giorello 110035 (2020)

N°3/ Grey-G2934Y de NBSA 763615 (2025)

Quels oxydes composent ces recettes?

Dans les 3 recettes ci-dessus on a les oxydes suivants:

Rutile, Di-oxyde de Manganèse, Carbonate de Cobalt, Oxyde de Titane, Oxyde de Cobalt, Oxyde de Nickel, Silicate de Zirconium, et stain (colorant de masse non spécifié) pour la recette N°3 qu’on va ignorer car inconnu.

De plus, ce sont des recettes étrangères dont il faut modifier les composants de base pour trouver les équivalents disponibles en France.

En théorie, quels oxydes donnent du gris?

Une recherche par ChatGPT me donne les choix suivants:

  • Oxyde de fer (Fe₂O₃ / FeO) — base classique pour gris à gris-brun ; selon quantité, température et atmosphère il sombre ou devient brun. (utile comme « fond »). DigitalFire+1
  • Oxyde de manganèse (MnO₂) — assombrit (vers brun/noir) et tend à donner des nuances chaudes ; utile en petites quantités pour enrichir un gris. The Ceramic School+1
  • Rutile / TiO₂ (rutile) — donne des effets mouchetés, marbrés, « perlé/mottled » ; provoque des stries et « pearlings » quand on le combine à certains fondants. Très utilisé pour obtenir un gris perlé irisé/variegated. Ceramic Resource+1
  • Cobalt (très faible dose) — même toute petite quantité (<<1%) peut tirer vers le bleu/gris froid ; combiné au fer/ manganèse il aide à stabiliser un gris froid. The Ceramic School
  • Chrome (Cr₂O₃) — peut produire gris/olive/vert selon proportion ; à doser prudemment (2% et moins généralement). Bonjour Céramique Paris
  • Zirconium ou oxyde d’étain (ZrO₂, SnO₂) — opacifiants : si vous voulez un gris perlé/opaque (et non transparent), on rajoute du zirconium ou du SnO₂. Ex. produits « gris perle » commerciaux contiennent Zr. Ceradel+1

On constate qu’il y a concordance entre les oxydes des 3 recettes et les oxydes cités par chatGPT

Adapter les 3 recettes avec mes composants

Pour chaque composant tu peux obtenir des informations dans Glazy.org en double-cliquant sur le composant. Par exemple : pour frita 174 dans la recette N°2 , l’équivalent est la Fritte 3134 que j’ai achetée chez Ceradel.

Tu peux aussi le chercher la composition dans digital fire.

Tu composes une fritte de composition proche par assemblage des frittes dont tu disposes. Par exemple: F3124 dans la recette N°1 RMC : j’ai pris 90% de F3195 et 10% de F3134 dont je disposais. Pour F3249 dans la recette N°3 G2934Y j’ai pris 80% de la fritte F3195 et 20% de F1254. J’essaie d’avoir au moins les concentrations les plus proches en Al2O3 et SiO2. Tu n’obtiens pas exactement la même composition mais tu obtiendras un émail de ta composition.

Après modifications, voici les 3 recettes:

J’entre les compositions dans Libpotoulz

N°1/ RMC modifié

Matières premières
Feldspath potassique ICE 10
Silice 400
Carbonate de calcium
Frit ferro 3134
EPK kaolin
Talc 2C
Frit ferro 3124
Rutile
Bi Oxyde de manganese
Carbonate de cobalt

4 tests effectués 

RMC recette modifié ci-dessus

RMC + Ox. Cuivre 0,5%

RMC + Carbonate de Manganèse 0,5%

RMC + Ox. Chrome 0,5%

N°2/ R71modifié

Matières premières
Feldspath potassique ICE 10
Silice 400
Carbonate de calcium
Kaolin A
Fritte 3134
Talc 2C

4 tests effectués selon la proposition de la recette:

Ox. Nickel 0,3% + Ox. Titane 8%+Ox. Cobalt 0,4%

Ox. Titane 8%

Rutile 6% + Di Ox. Manganèse 4% + Ox. Cobalt 0,4%

Ox. Titane 5% + Silicate de Zirconium 5%

N°3/ Grey-G2934Y modifié

Wollastonite 20,11
EPK kaolin 19,18
Talc 2C 13,10
Silice 400 12,16
Calcined kaolin 9,82
Néphéline syénite 9,82
Frit ferro 3195 7,48
Rutile 1,87
Frit1254 1,87
Zircopax 1,40
Bi Oxyde de manganese 2,81
Carbonate de cobalt 0,37

4 tests effectués :

G2934Y recette ci-dessus

G2934Y + Ox. Cuivre 0,5%

G2934Y + Ox. Manganèse 0,5%

G2934Y + Ox. Chrome 0,5%

Résultats :

Après cuisson au four électrique en oxydation à 1200°C

On n’obtient pas les résultats attendus!  Je m’y attendais.

N°1/ RMC modifié

En partant de la gauche vers la droite:

RMC recette modifié ci-dessus

RMC + Ox. Cuivre 0,5%

RMC + Carbonate de Manganèse 0,5%

RMC + Ox. Chrome 0,5%

Mon avis: tous les essais sont gris mais très brillants, un gris assez banal, avec une nuance de vert avec l’oxyde de chrome. Je n’en garde aucun

N°2/ R71modifié

Ox. Nickel 0,3% + Ox. Titane 8%+Ox. Cobalt 0,4%

Ox. Titane 8%

Rutile 6% + Di Ox. Manganèse 4% + Ox. Cobalt 0,4%

Ox. Titane 5% + Silicate de Zirconium 5%

Mon avis: aucun gris mais un émail raffiné, satiné, velouté, homogène, qui ne coule pas malgré son épaisseur. Je vais garder le 1 et le 4 qui donnent un joli bleu et un beau blanc nacré. Je vais tenter d’autres essais en modifiant les oxydes et espère en conserver la texture

N°3/ Grey-G2934Y modifié

G2934Y recette ci-dessus

G2934Y + Ox. Cuivre 0,5%

G2934Y + Ox. Manganèse 0,5%

G2934Y + Ox. Chrome 0,5%

Mon avis: émail semi-brillant de couleur gris-vert avec des trainées brunes  gris-foncé. La recette seule suffit, inutile d’y ajouter d’autres oxydes. Je vais garder le N°1

Influence de la base sur la couleur d’un émail

La base influe-t-elle sur la couleur de l’émail?

1/ Choisir la base

Mon choix se porte sur 2 bases déjà utilisées et validées en laboratoire pour un usage en poterie utilitaire. Je sais que l’ajout d’oxydes différents de ceux de l’émail testé peut en modifier le résultat mais au moins je ne cours pas de risque sur le choix de la base.

  • N°1: KG Keen Green N° 6356 déjà utilisée pour les verts : Potash Feldspar 48,42; Silice 19,79; Gerstley borate 14,32; Craie 8,53; Dolomie 6,32 ;  Kaolin 2,63

et

  •  N°2: Vienne 2025 déjà utilisée pour le rose : Wollastonite 25; Ferro Frit 3134 20; Kaolin 20; Silice 20; Feldspath potassique 15; Oxyde d’étain 5; Bentonite 2.

2/ Choix des oxydes

Trois fluidifiants (ou cristallisoirs – opacifiants) en quantité fixe : Ox. Manganèse 0,5 / Dioxyde de Titane 3 et Oxyde de Zirconium 2.  Ils ont pour objectif de faire varier le rendu de l’émail, de lui donner un aspect perlé ou granité, de le matifier.

Ajout de variations de 3 oxydes:  Ox. Fer, Ox. Chrome, Ox. Cobalt, Ox. Cuivre :

L’oxyde de fer pour le rouge, l’oxyde de chrome pour le vert, l’oxyde de cobalt et l’oxyde de cuivre pour le bleu avec des dosages faibles pour ne pas nuire à un usage utilitaire : 0,03 – 0,05 pour l’Ox. de Chrome et l’Oxyde de Cobalt et 0,3-0,5 pour l’oxyde de Cuivre

20 essais avec la base N°1 + 3 opacifiants

KG Kenn Green N°6356 %
Potash Feldspar   48,42
Silice   19,79
Gerstley Borate   14,32
Craie   8,53
Dolomie   6,32
EP Kaolin   2,63
Di Ox. Manganèse   0,5
Di Ox. Titane   3
Oxyde de Zyrconium   2

Ajout des 3 oxydes:

Essai N°  KG N° 6356   Ox. Cobalt Ox. Chrome Ox. Cuivre
1 Oxyde = 0        
2-3 Ox. Fer 0,7-0,9      
4-5 Ox. Cobalt 0,03-0,05      
6-7 Ox. Chrome 0,03-0,05      
8-9 Ox. Cuivre 0,3-0,5      
10-11 Ox. Fer 0,5 0,03-0,05    
12-13 Ox. Fer 0,5   0,03-0,05  
14-15 Ox. Fer 0,5     0,3-0,5
16-17 Ox. Cobalt 0,03   0,03-0,05  
18-19 Ox. Cobalt 0,03     0,3-0,5
20 Ox. Fer 0,5   0,03 0,3

20 essais avec la base N°2 + 3 opacifiants

Retrait de l’oxyde d’étain en raison de l’ajour des 3 autres fondants

Vienne 2025 sans Ox. d’étain %
Wollastonite   25
Ferro Frit 3134   20
Kaolin   20
Silice   20
Feldspath potassique   15
Bentonite   2
Di Ox. Manganèse   0,5
Di Ox. Titane   3
Oxyde de Zyrconium   2

Ajout des 3 oxydes

Essai N°  Vienne 2025   Ox. Cobalt Ox. Chrome Ox. Cuivre
1 Oxyde= 0        
2-3 Ox. Fer 0,7-0,9      
4-5 Ox. Cobalt 0,03-0,05      
6-7 Ox. Chrome 0,03-0,05      
8-9 Ox. Cuivre 0,3-0,5      
10-11 Ox. Fer 0,5 0,03-0,05    
12-13 Ox. Fer 0,5   0,03-0,05
14-15 Ox. Fer 0,5     0,3-0,5
16-17

18-19

20

Ox. Cobalt

Ox. Fer

Ox. Fer

0,03

0,5

0,9

 

0,03-0,05

0,05

0,03-0,05

0,03-0,05

0,05

 

0,3-0,5

0,5

Résultat après cuisson à 1200°C en oxydation

Devant : base Vienne, derrière: base KG

1: Base seule: KG = blanc, Vienne = marron

2-3: Oxyde de fer

4-5: Oxyde de cobalt

6-7:  Oxyde de chrome

8-9: Ajout d’Oxyde de cuivre

10-20: Compositions d’oxydes sans variation notable

Conclusions: La couleur originelle de la base est dominante, ici le blanc pour KG et marron pour Vienne. L’ajout d’oxydes de fer, de cuivre, de chrome et de cobalt à faible concentration ne modifie pas notablement la couleur par rapport à la couleur initiale de la base.

Je ne retiens que les 2 émaux ci-dessous de couleur gris-vert:

Wollastonite 25

Ferro Frit 3134 20

Kaolin 20

Silice 20

Feldspath potassique 15

Oxyde d’étain 5

Bentonite 2

Di-Oxyde de Manganèse 0,5

Di-Oxyde de Titane 3

Silicate de Zyrconium 2

Avec comme oxydes différents:

Email « V Rioco » : Ox. Fer Rouge 0,5 + Ox. Cobalt 0,3

Email « V Crococui » : Ox. Cobalt 0,03 + Ox. Chrome 0 ,05 + Ox. Cuivre 0,5

Message: avant de sélectionner les oxydes, bien choisir sa base car c’est d’elle dont dépend avant tout le résultat de l’émail

Utiliser l’argile locale en poterie

Le défi: utiliser ma propre argile

Je ne parts pas de zéro, les essais initiaux étaient concluants, voir l’article « argile du jardin » 

Tournage et cuisson de 3 pots en argile rouge
Cuisson en dégourdi à 980°C de pots en argile locale

Voici son analyse chimique réalisée par la Société Française de Céramique:

SiO² 75,52; Al2O3 13,19; TiO2 0,82; Fe2O3 4,35; CaO 0,66; MgO 0,89; K2O 0,89; Na2O 0,70; P2O5 0,09 et Perte au feu à 1150°C 4,32

L’analyse chimique ne permet pas de dire dans quelle catégorie ranger cette argile. Connaître sa composition ne suffit pas pour prédire ses propriétés physiques.

Pour exemple, l’analyse chimique du grès de St-Amand chamotté :

SiO² 65,30; Al2O3 21,10; TiO2 0,80; Fe2O3 1,41; CaO 0,22; K2O 1,68; Na2O 0,32; MgO 0,15; MnO 0,02 et Perte au feu 9,00

Quelle méthode appliquer pour savoir comment l’utiliser en poterie?

De mes précédents essais je retiens:  argile de bonne qualité, qui se tourne bien, qui se cuit un peu comme du grès, à 980°C pour le dégourdi (elle devient de couleur orange) et à 1200°C pour une couverte ou un émail . Elle donne une belle couleur rouge grenat à 1200°C.

Tasse en argile locale émaillée : belle couleur rouge grenat mais fendue

A 1280°C elle devient noire (magnétite) et se met à fondre:

3 pots en argile locale cuits à 1280°C couleur noire et collés à l’assiette en grès

Tout d’abord, je dois choisir le type de cuisson:

– pour la 1ère cuisson en dégourdi:  980°C comme le grès ou 1020°C comme la faïence, ou entre les deux : 1000°C ? Je vais choisir  980°C car j’ai déjà essayé et les résultats étaient corrects. De plus, ça me facilitera la gestion du four de ne pas avoir une nouvelle courbe de cuisson dédiée.

– pour la 2ème cuisson après couverte ou émail:  je vais choisir 1200°C car en dessous la couleur serait moins belle et les pores seraient moins fermés. Au dessus de 1200°C, je crains le début de fusion et la magnétite noire comme ci-dessus. En plus, je cuits beaucoup d’émaux sur grès à cette température, donc je me facilite la tâche dans la gestion des courbes de cuisson.

Ensuite, je cherche une recette d’émail compatible:

Je veux éviter  que le pot se fende comme sur la photo ci-dessus. Dans l’article sur le coefficient de dilatation thermique , je précise: « il faut que le CDT de l’émail soit inférieur à celui de la pâte. Des tolérances sont acceptables, évaluées à 10 à 15 points pour la faïence et à 1 à 5 points pour le grès et la porcelaine. »

Faisons appel à deux personnes compétentes: Jean-Pierre PRIETO et Christian CHARRE

Je leur envoie la photo, la composition de l’argile et la composition de deux émaux qui ont entraîné la casse du pot et leur demande comment éviter cela:

Argile: SiO² 75,52; Al2O3 13,19; TiO2 0,82; Fe2O3 4,35; CaO 0,66; MgO 0,89; K2O 0,89; Na2O 0,70; P2O5 0,09 et Perte au feu à 1150°C 4,32

Email 1 : Feldsp Sod 18, Sil18, Kaol 18, Dol 18, Fritte 3134 18, Spodumene 10

Email 2 : Fritte 3195 39,85, Sil 27,35, Cornwall stone 18,48, craie 8,87, Ox Zinc 5,45

 

Les réponses des experts:

Réponse de Jean-Pierre PRIETO:

 » Au refroidissement le pot a voulu continuer à se contracter mais l’émail à l’intérieur ne l’a pas laissé faire. L’émail est épais, le pot est fin, donc c’est l’émail qui a gagné la bataille. Essayez d’augmenter le coefficient de l’émail, ou bien d’émailler plus fin ou bien de tourner plus gros « 

Tableau joint à ce commentaire montrant le taux d’expansion des composants:

Réponse de Christian CHARRE:

 » En regardant tes analyses et les formules des émaux je constate qu’il y a une différence d’élasticité entre la pâte et les deux émaux . Ta pâte est autour de 70 gpa et tes deux émaux autour de 80 . Donc un écart qui provoque très probablement la casse. Ta pâte ne contient pas tout à fait assez de silice ; il faudrait monter entre 73 et 75 °/° . Le mieux serait de mettre de la cristobalite forme calcinée de la silice. C’est peut être la première chose à tenter si tu veux conserver tes émaux à l’identique.

Tu peux aussi essayer d’augmenter la durée de cuisson et la température de cuisson. Sinon, si tu ne veux pas toucher à la pâte il faut modifier les émaux et baisser leur élasticité. C’est plus compliqué mais on peut calculer l’élasticité et ajouter ou retirer des matériaux en vue de baisser ou monter celle ci. Cependant vu que l’écart est assez important et qu’il faut plutôt que l’élasticité de l’émail soit inférieure à celui de la pâte et pas l’inverse il sera sans doute difficile de baisser l’élasticité de tes émaux sans les modifier notablement. »

Mes conclusions:

Augmenter la teneur en silice de l’argile: Non, elle contient déjà 75,52% de SiO² et ne suis pas certain de produire un mélange homogène et reproductible donc  reste avec l’argile pure.

Tourner plus gros : personnellement je préfère les pots fins donc pas de changement

Emailler plus fin: oui,  je vais émailler un peu plus fin (deux couches au lieu de trois)

Baisser l’élastiticité de l’émail: voilà ce que je vais tenter de faire, non pas en reprenant et modifiant les deux émaux précédents. Je vais baisser l’élasticité de nouveaux émaux (autour de 65 gpa) afin qu’elle soit inférieure à celle de la pâte (70gpa)

Au total, je dois donc tourner un peu plus épais, émailler un peu plus fin, appliquer un émail d’élasticité plus faible.

Comment faire baisser l’élasticité d’un émail?

Quels matériaux contribuent à faire baisser l’élasticité? Dans ma recherche sur internet, je trouve une réponse dans « ceramique-technique.com » :

La caractéristique d’élasticité d’un matériau est définie par le module de Young exprimé en GPa. Plus la valeur du module est basse et plus le matériau acceptera une déformation mécanique. Ce sont les zircones qui démontrent une « élasticité » la plus grande avec des modules de Young de l’ordre de 200 GPa.

Conclusion: ajouter de l’oxyde de Zirconium à l’émail devrait faire baisser son élasticité et améliorer la compatibilité avec la pâte. Créer de nouveaux émaux avec moins d’élasticité.

Essais prévus au printemps quand la météo sera plus clémente.

Email vert avec oxyde de chrome

Nous avons vu dans un article précédent comment créer un émail vert.

L’article se termine par: maintenant il faut faire un choix.

Ce choix, c’est l’oxyde de chrome. J’exclus l’oxyde de cuivre car il ne passe pas toujours les tests de laboratoire pour l’alimentaire. Pour le chrome, je sais qu’il passe les tests à la dose de 0,04% (voir test en laboratoire d’un émail rose).

Est-ce qu’il passe le test à une dose plus élevée? Tout dépend de la base utilisée, car il ne faut pas qu’il y ait de transfert, c’est-à-dire qu’il faut que l’oxyde soit solidement accroché aux autres éléments de l’émail.

Choix de ma base

Je choisis ma base (cône 6 -Oxydation) dans Glazy.org:

KG (Keen Green N° 6356)  décrite ci-dessous:

KG Cône 6 Oxydation

Brillant

0,57CaO

0,32 Al2O3

3,24 SiO2

0,18B2O3

%
Potash Feldspar   48,42
Silice   19,79
Gerstley Borate   14,32
Craie   8,53
Dolomie   6,32
EP Kaolin   2,63

 

Choix des oxydes

A l’ Oxyde de Chrome, j’ajoute: Rutile et Di-Oxyde de Titane

Les tests

1ère série de tests

Six tests pour commencer, cuisson à 1200°C en four électrique (cône 6)

% % % % % %
Ox. Chrome 1 1 1,2 1,2 1,4 1,4
Rutile 2 4 2 4 2 4

Cette première série de tests a pour but de s’assurer que l’émail est de bonne qualité, qu’il ne coule pas, qu’il s’étale bien, qu’il est de couleur verte, même si la photo ne le montre pas bien.

2ème série de tests

Série de 30 essais: 

Ox. Chr 1,3% Rutile 1,5% : Variation Di.Ox. Titane 0 à 4

Ox. Chr 1,3% Rutile 2,5% : Variation Di.Ox. Titane 0 à 4

Ox. Chr 1,3% Rutile 3,5% : Variation Di.Ox. Titane 0 à 4

Ox. Chr 1,4% Rutile 1,5% : Variation Di.Ox. Titane 0 à 4

Ox. Chr 1,4% Rutile 2,5% : Variation Di.Ox. Titane 0 à 4

Ox. Chr 1,4% Rutile 3,5% : Variation Di.Ox. Titane 0 à 4

Mon choix : Ox. de Chrome 1,4% + Rutile1,5% + Di-ox.Titane 0 et 3%

Chr1,4-Ru1,5
Chr1,4-Ru1,5-Ti3

Prochaine étape: le labo

Il faut passer les tests de laboratoire pour voir si cet émail convient à l’alimentaire. Résultats à venir…

02/12/2025  Résultats de l’émail Ru1,5%/Ox. Chr1,4%

CCE2
Consultance en Chimie des Eaux Industrielles
Céramique et Chimie des Emaux
CCE2 S.R.L.
Rue de Hannut, 15B eric.swanet@gmail.com Tel: +32 498 51 22 87
1350 Marilles TVA : BE 0791 559 986

CONCLUSION

Aucune migration d’élément potentiellement toxique n’est détectée.
L’émail est certifié compatible au contact alimentaire.
Aucune migration d’élément constitutif de l’émail n’est décelée.
L’émail est certifié très stable au contact acide.
Document annexé :
Fichier Excel (synthèse des analyses de la SWDE)

Rapport rédigé par :
Eric Swanet

Emaux de cendres: hommage à Phil Rogers

Je reçois la 3ème édition du livre de Phil Rogers : ASH Glazes édité en 2023 dont la 1ère impression date de 1996.

Ce livre est plus qu’un guide pour la fabrication d’émaux à partir de cendres. C’est une initiation à l’exploration personnelle de l’utilisation des matériaux qui nous entourent.

L’éditeur Herbert Press approuve la publication de ce post

Présentation de l’homme et du livre

L’homme

Cet artiste potier, né  le 28 mai 1951 à Newport (Pays-de-Galles sud), décède le 22 décembre 2020 après une courte maladie qui surprend son entourage et le monde de la poterie. Sa célébrité dépasse les frontières du Royaume Uni. Une cinquantaine de musée expose ses oeuvres. Il se marie en 2011 à Hajeong Lee Rogers, elle-même potière reconnue.

Avant-propos

Dans son avant-propos, Mike Dodd renvoie dos-à-dos les concepts de « tradition » et « innovation ».  La critique de la poterie traditionnelle va souvent de pair avec la promotion de la poterie dite innovante sur certains marchés ou certaines expositions.  L’art traditionnel ne s’improvise pas, ne s’hérite pas et demande beaucoup de travail. L’innovation ne signifie pas, dans le domaine de la poterie, faire quelque chose de nouveau. Ce terme est entendu uniquement comme l’idée de « rafraîchir ».

Son épouse, Hajeong Lee Rogers, se satisfait plus du fait que ses clients utilisent au quotidien ses plats et objets utilitaires que de ses objets décoratifs.

 

https://www.goldmarkart.com/collections/phil-rogers/products/phil-rogers-jar-cer-pr-2408-s

Traditionnel ou innovation

Ce week-end,  Christian Charre, exposant au marché potier d’Auvillar me confie que la désaffection croissante du public pour le marché des Tupiniers à Lyon a cessé. La ré-introduction  de la poterie traditionnelle et utilitaire aux côtés de la poterie « contemporaine » y est pour beaucoup. Le marché des Tupiniers est désormais florissant, aussi bien pour les potiers que pour le public.

La tendance « galeriste », consistant à présenter des objets aussi beaux que rares et inutiles au détriment de pots utilitaires qualifiés de « ringards » ne rencontre pas toujours les faveurs du public. Pour preuve, notre exposition au marché d’Auvillar. Le premier jour nous n’exposons que des grosses pièces: vases et potiches enfumées, sculptures animalières ou d’inspiration personnelle… maigres ventes. Le dimanche, remplacement des pièces décoratives par de l’utilitaire, avec des émaux de notre fabrication, testés en laboratoire pour l’alimentaire: … triplement des ventes.

L’antagonisme apparent entre traditionnel et innovation nous interroge.

   Phil Rogers, Yunomi, 2020

       Daniel Castel, 2024

Si ta démarche artistique est bien établie et que tu disposes d’une base traditionnelle, il te faut innover c’est-à-dire « rafraîchir » ta production, sans quitter ta ligne de production créative.

Si tu es jeune dans le métier, c’est  plus difficile pour toi d’acquérir la base traditionnelle. Tu préfères sans doute t’essayer à de nouvelles formes, à des émaux au goût du jour. Tu penses ainsi t’affranchir d’un long apprentissage et pouvoir rapidement te différencier de la  concurrence.

Mais il existe des potier-e-s qui cultivent l’art traditionnel, qui cherchent à se plonger dans les racines de cet art afin d’y puiser leur propre enrichissement.

Préface de l’auteur

Phil Rogers déclare que c’est une très bonne chose que d’utiliser ce qu’on a sous la main pour créer, dans la mesure du possible. Ces matériaux sont disponibles, gratuits, mais c’est également drôle et ludique. Certes il faut être doté d’une nature curieuse. Selon Phil Rogers, si tu utilises un nombre limité de matériaux tu vas découvrir ce que faire des pots signifie réellement. Parmi les émaux chinois les plus anciens, certains sont de simples mixtures de cendre et d’argile. Ils sont restés indépassables pour leurs riches couleurs et la qualité de leur surface. On s’émerveille que de tels pots, créés il y a plus d’un millénaire, restent une source d’inspiration et de stimulation pour des potiers actuels.

Bol dynastie Song (960-1279) , émail fourrure de lièvre

Objectif du livre

Ce livre a pour but de sensibiliser à la création d’émaux loin des catalogues. Il te propose d’expérimenter l’auto-découverte et à comprendre la vraie nature de ce qui nous entoure. Les potiers ont-ils une prédisposition au masochisme ? Il n’y a pas beaucoup de pratiques humaines qui nécessitent autant de dévouement et d’engagement obsessionnel. Les heures de travail sont longues, l’effort physique parfois difficile, les récompenses financières moins qu’excitantes.

Pourquoi alors cherchent-ils la difficulté d’accomplir eux-mêmes les recherches et la préparation de leurs propres matériaux ?

Avant, c’était plus par nécessité que par choix délibéré.

Aujourd’hui, les changements de goût et les tendances sociologiques orientent plutôt vers des couleurs brillantes.

            Romain Bernex

Celles-ci ne sont pas facilement obtenues avec des matériaux de proximité. Certaines pièces comme ci-dessus sont créées par des artisans accomplis.

Mais dans l’utilisation de matériaux « clé-en-main » proposés par les manufacturiers, il y a aujourd’hui une part de paresse, de facilité, de disponibilité immédiate dans une société du jetable.

Attention nous dit l’auteur, c’est formidable que les potiers d’aujourd’hui puissent acheter chez les marchands tout ce dont ils ont besoin. Il est dommage cependant que certains n’aient pas la moindre idée de ce que ces poudres et substances puissent contenir.

Les émaux de cendres

C’est le titre du livre et nous allons en parcourir les chapitres.

Deux exemples de créateurs actuels d’émaux de cendres

Deux exemples:

Estelle Barthly

Bol avec émail cendre de bois-Stellaire ceramique

Olivier Roche de Pleumeur-Baudou

"Je recherche des formes épurées et sobres, harmonieuses et simples. J'attache beaucoup d' importance à l'équilibre entre esthétique et utilité au quotidien. Mes émaux vont vers une dominante de bleu sur noir , mais aussi turquoise vert , noir mat et blanc aussi. je cherche des effets par sgraffite, mais aussi
par décor pointilliste sur émail. J' utilise beaucoup la cendre de bois pour mes couvertes  (fougère , peuplier, eucalyptus, aubépine,etc )".

Qu’est-ce que la cendre de bois?

Comment utiliser la cendre de bois au jardin ? - ici

Il s’agit d’un résidu inorganique provenant de la combustion de la structure organique du bois et par extension, aux autres végétaux. C’est aussi une mixture complexe minérale et un cocktail chimique. Enfin, cela consiste en un mélange d’acides et d’alcalis solubles et insolubles d’une telle variabilité qu’il est vain de vouloir en connaître la composition exacte.  Cela varie selon le type d’arbre, selon son origine géographie, de la terre où il a poussé, selon son âge, selon qu’on a brûlé le tronc ou seulement les branches…

Composition des cendres

1/ Les analyses

On distingue deux groupes de cendres : riches en Calcium ( bois et buissons) et riches en Silice (herbacées et céréales). On peut les classer aussi en basiques, et acides. La plupart des cendres d’arbres ont un taux de calcium de 20 à 40% qui peut atteindre 63% pour la cendre de pommier. Lorsque le taux de calcium est bas, la concentration en potasse K2O est élevée tel le saule qui contient le taux le plus bas en CaO (20% de Cao et 49,80% de potasse). Il faut s’aider de tables qui donnent une valeur approximative de la composition de telle ou telle cendre.

 

Pommier: CaO = 63%                  Saule: CaO=20%

2/ Evaluer leur contribution à l’émail

Bernard  Leach dans son Potter’s book dit que la balance entre la fraction entre fondants (potasse, soude, magnesie…) et non fondants (alumine, silice et phosphore) permet de suggérer l’effet de la cendre sur l’émail. Les cendres à forte proportion de calcaire ont les fondants les plus forts, ce qui concerne la plupart des arbres et arbustes. Les cendres riches en silice sont produites par les plantes à croissance rapide (herbe, cultures céréalières, légumes, orties,  écorces de grains et paille de riz).

                   

Arbres et arbustes = Calcaire        Herbe, céréales, légumes = Silice

Selon Cardew dans son livre Pioneer Pottery , les cendres riches en silice représentent un substitut au silex ou au quartz et les cendres de teneur haute en calcaire sont une alternative à la craie.

La collecte et la préparation des cendres

La collecte

Si tu brûles 45Kg de bois sec, tu peux espérer obtenir 227g de cendres utilisables. Cela donne une idée de la quantité de bois à brûler si on veut faire des émaux de cendres dans un but commercial. Il faut pouvoir disposer de bois, d’un poêle pour le brûler et d’un récipient en métal pour stocker les cendres. L’idéal est de se servir du bois pour se chauffer en hiver.

45Kg
227g

Il ne faut brûler et récolter qu’une seule espèce de bois à la fois. Il faut s’assurer qu’il n’y a pas de terre, de graviers, de charbon de bois, d’anthracite, d’ossements,  de morceaux de plastique ou de ferraille. Le papier, les journaux ne posent pas de problème en petite quantité. Les récoltes de bois ou de céréales peuvent se trouver autour de toi, mais veille à pouvoir y retourner, si jamais ton émail est  réussi.

La préparation

Tu peux construire ton four toi-même en briques réfractaires. Le mieux est d’avoir un poêle qui te sert en plus à te chauffer. Tu peux allumer le feu avec du papier journal et des brindilles. Veille à ne pas avoir un feu trop vif. Le bois doit brûler lentement afin d’éviter de perdre les particules fines.

Laver les cendres ou pas ?

Certains lavent, d’autres non. Les cendres de plantes contiennent des composants solubles, potasse, carbonates, sulfates et chlorides. Certains de ces alkalis solubles peuvent poser le problème de déflocculation dans la bassine d’émail et le rendre inutilisable. Le conseil de Phil Rogers est de laver les cendres, celles-ci se conservent mieux et ton émail est plus reproductible.

 Comment laver les cendres ?

Un jour sans vent, dépose les cendres dans une bassine que tu emplis à moitié. Fais bien attention à ne pas perdre les particules fines. Mets un masque, ne touche pas les cendres autrement qu’avec des gants. Emplis lentement la bassine avec de l’eau jusqu’à raz-bord. Remue bien le tout et laisse reposer toute la nuit. Le lendemain, retire avec une passoire le charbon de bois qui flotte en surface. Laisse s’écouler l’eau de surface puis remplis avec de l’eau propre. Répète ce processus deux fois sur une période de 2 semaines.

Ensuite, place tes cendres dans un récipient en biscuit (facilite le séchage) et couvre les avec du papier galvanisé en s’assurant que l’air circule autour.

Le séchage des cendres

Tu peux profiter de la chaleur dégagée par le four pendant la cuisson de tes poteries. Veille à mettre tes cendres dans un saladier en biscuit. Surtout ne place pas ton récipient directement sur le four car l’eau et les cendres peuvent traverser le fond du plat, par porosité. Dépose une plaque métallique sur ton couvercle de four avant d’y placer tes cendres.

Qu’est ce qu’un émail ?

Typiquement c’est une couche de verre fondu à la surface d’une poterie. Il produit une surface lisse, hygiénique, non-poreuse et décorative.

L’approche de Phil Rogers pour fabriquer un émail est : « fais-le et vois  »

L’approche se fonde sur la compréhension de la façon dont les différents composants vont former un émail donné.

Les cendres de bois vont se mélanger et inter-agir avec les autres matériaux et surtout avec la silice.

Les matériaux sont des roches et minéraux accessibles et peu chers. Ce qui coûte cher dans la matière première, c’est son extraction, son raffinage, sa préparation et son transport.  Mais malgré tout, fabriquer son propre émail revient beaucoup moins cher que d’en acheter un prêt à l’emploi.

Ils contiennent des oxydes

Les roches sont le quartz, le feldspath, la craie, le talc… Chaque minéral contient pour tout ou partie des oxydes. Ce sont ces oxydes que recherche le céramiste pour faire un émail. Un oxyde est une combinaison d’un élément avec l’oxygène. De tous les oxydes de la croûte terrestre, la silice (SiO2) en représente 60%, l’alumine (Al2O3) 15% et le reste 25%. La silice est le seul oxyde indispensable pour faire un émail car il vitrifie. Tous les autres oxydes, à l’exception de l’alumine (stabilisateur) sont des fondants.

Matériaux en poudre

Les matériaux nécessaires à l’émail sont présentés sous forme de poudres. Leur apparence est un peu la même, aussi te faut-il les stocker de manière à pouvoir les reconnaître aisément.

 

Stockage des oxydes                                   Stockage des minéraux

Il faut bien comprendre qu’un émail n’est pas un engobe ni un colorant de masse. Ces derniers avant cuisson te permettent de préjuger avant cuisson de l’aspect final de ta poterie. Ce n’est pas le cas avec un émail. Celui-ci est une combinaison chimique qui se modifie totalement sous l’effet de la chaleur. Tu peux appréhender le résultat final d’après les exemples visuels fournis sur les réseaux ou les catalogues. Mais ton propre émail sera forcément différent, car les matériaux ne sont pas forcément identiques, l’application de l’émail, son épaisseur et sa cuisson sont variables.

La suite du livre…

Le livre détaille ensuite les différents matériaux utilisés  et leur rôle respectif dans la fabrication de l’émail. Le quartz et le silex, le feldspath et la craie constituent la base. Il passe ensuite en revue les matériaux ajoutés en très petite quantité aux précédents et à la cendre de bois. Ce sont la dolomie, le talc, la cendre d’os et les oxydes colorants

Le chapitre suivant concerne le procédé de fabrication d’un émail

On entre là dans le chapitre le plus intéressant pour le potier, le moyen de création de l’émail. Le tamisage, le mixage, le pesage, le dosage sont expliqués.

Il passe en revue le processus des essais avec mélange de 2 ou 3 matériaux avec les diagrammes et détaille les test de couleurs.

Puis l’auteur décrit l’application de l’émail et sa cuisson en oxydation et en réduction. Il aborde enfin les problèmes de tressaillement, d’écaillement, de coulage, de clockage.

Vient ensuite un chapitre sur les émaux sans cendres qui simulent la cendre

Dans ce chapitre l’auteur aborde le sujet de  » comment comparer les émaux entre-eux ». C’est grâce au chimiste Hermann Seger (1839-94) et à sa formule qui regroupe les différents oxydes en 3 catégories: les fondants, les stabilisateurs et les  formateurs acides de verre. Ce sujet difficile rebute en général les potiers mais il est expliqué simplement et sous un angle pratique.

Enfin, la mise-en-valeur de potiers renommés et leurs oeuvres

Katherine Pleydell-Bouverie, Terry Bell-Hughes, Mike Dodd, Lis Ehrenreich et une dizaine d’autres…

Un livre passionnant, une très belle édition, bien écrit mais…en langue anglaise.

J’en retiens sa philosophie générale: fais-le et vois ce que ça donne. Il cite le cas d’un étudiant qui revient le voir après un stage. N’ayant pas trouvé de cendres de bois, il utilise les cendres de ses déchets alimentaires avec un résultat bluffant!

 

Créer un émail fourrure de lièvre : 2ème partie

Je me mets au travail après mes recherches dans la 1ère partie

Avant tout je rappelle le principe de ce blog. Je décris en direct ce que j’applique, sans filtre, au quotidien. Il exprime mon univers de céramiste dans lequel je cherche, doute souvent et trouve… parfois. A toi de compléter avec ta propre expérience.

Essais en pratique

1/ Conversion des formules

Je vais commencer par recréer l’engobe John’s SG 12 et l’émail rouille Hamada pour essayer d’obtenir ce résultat…

… obtenu en théorie par application de 3 couches d’engobe John’s SG 12 au dessous de 2 couches d »émail rouille Hamada

La recette de l’engobe JOHN’S SG-12 est donnée ci-dessous:

L’engobe: JOHN’S SG-12 Cone 10-11 Oxydation

Cendre d’os 2,06%
Dolomie 5,53
Talc 3,08
Craie 1,73
Custer Feldspath 38,03
Red Art Clay 40,12
Kentucky Ball Clay 9,46
100,00
Ox. Fer Rouge 4,50
Rutile 1,00

Il faut la convertir avec des matériaux dont je dispose car je  n’ai pas: Custer Feldspath, Red Art Clay et Kentucky Ball Clay.

Grace à Glazy calculator , je trouve en substitutionBall Clay 39,8%, Feldspath potassique 28% et Feldspath sodique 12% . Cela donne une formule proche de SG-12 avec 5% de moins de silice.

JOHN’S SG-12 -DP05: formule modifiée 

Cendre d’os 2,06%
Dolomie 5,53
Talc 3,08
Craie 1,73
Feldspath potassique 28,00
Feldspath sodique 12,00
Ball Clay 39,8
100,00
Ox. Fer Rouge 4,50
Rutile 1,00

Vérification des paramètres dans Glazy:

JOHN’S – SG12

DP05:  JOHN’S – SG12 modifié

La comparaison dans Glazy me satisfait:   ratio R2O1: RO et SiO²:Al2O3 voisins,  SiO2 et Al2O3 plus faible pour DP05. La concentration en KNaO, CaO et MgO est proche. Celle en fer est la même. Les deux recettes correspondent au diagramme 36 de D. de Montmolin, bien positionnées dans la partie droite du diagramme. La formule modifiée DPO5 devrait être un peu moins brillante

La couverte: Rouille HAMADA

Même processus, recherche de la recette Hamada, puis conversion avec des matériaux disponibles

Recette Hamada:

Recette Hamada modifiée DP1

Vérification des paramètres:

Recette Hamada:

Recette Hamada modifiée DP1

La recette modifiée a un peu moins d’oxyde de baryum, un peu plus de K2O et moins de CaO. Sensiblement la même pour les autres paramètres.

Le rendu brillant devrait être préservé, ci-dessous le diagramme de Stull:

2/ Préparation de la gamme d’essais

Base SG12-DP05 en dessous en engobe

–  variations de rutile (1-2-3%)

– puis variations de Fer Rouge (2-4-6-8-10-12%)

– enfin variations d’épaisseur (2-3 couches)

Hamada DP1 par dessus en couverte :

-avec variations d’épaisseur (1-2-3 couches)

Ensuite, échantillonnage et numérotation des essais

-> SG12-DP05: Rutile 0/1/2% et Oxyde de Fer Rouge : 2/4/6/8/10/12%

-> Hamada-DP1: Concentration en Oxyde de Fer Rouge fixe à 4,8%

Variations des épaisseurs: 2 ou 3 couches pour SG12-DP05 et Hamada-DP1

Commençons par un essai sur 6 tessons, pour voir !

Tableau 1 SG12- DP05 Hamada-DP1
Rutile 0 1 2 0
Oxyde de Fer Rouge 6 6 6 4,8
Tableau 2 N couches SG12-DP05 N couches Hamada-DP1
Tesson N°1

Rutile 0

Fer rouge 6%

Dos 3 4
Face 2 3
Tesson N°2

Rutile 0

Fer rouge 6%

Dos 3 4
Face 2 3
Tesson N°3

Rutile 1%

Fer Rouge 6%

Dos 3 4
Face 2 3
Tesson N°4

Rutile 1%

Fer Rouge 6%

Dos 3 3
Face 2 3
Tesson N°5

Rutile 2%

Fer Rouge 6%

Dos 3 3
Face 2 3
Tesson N°6

Rutile 2%

Fer Rouge 6%

Dos 3 4
Face 2 3

3/ Faire des tessons

Tournage des tessons puis découpage

J’ai pris du grès de St-Amand lisse (GSA) et du grès rouge de Doublet

Après séchage pendant 2 jours, cuisson à 980°C

4/ Préparer les deux bases

Je prépare 500g de chaque base en pesant les différents matériaux qui les composent. Pour SG12-DP05, je n’ajoute pas l’oxyde de fer rouge ni le rutile. Ils seront ajoutés ensuite dans des proportions croissantes. Par contre j’ajoute 4,8% d’oxyde de fer rouge à Hamada-DP1 dont la concentration en oxyde de fer rouge restera fixe. Je mélange bien la poudre dans un bocal fermé.

Ensuite, au moyen d’une balance au millième, je pèse les constituants.

5/ Emailler les Tessons

Pour les essais sur 6 tessons voici ci-dessous comment préparer

Prendre 4 gobelets et déposer dans chacun : 

N°1 :  20g de SG12-DP05 + 0% de rutile et 6% de fer rouge soit 0,12g                             N°2 :  20g de SG12-DP05  + 1% de rutile soit 0,02g et 0,12g de fer rouge                        N°3 :  20g de SG12-DP05 + 2% de rutile soit 0,04g et 0,12g de fer rouge                        N°4 :  20g de Hamada-DP1

J’ajoute 14ml d’eau dans chaque gobelet et mélange bien avec un bâtonnet puis avec un pinceau à poils souples.

Six tessons :

N°1 : SG12-DP05 avec Rutile 0% et Fer Rouge 6% Dos 2 couches, Face 3 couches                   Hamada -DP1 Dos 3 couches, Face 2 couches

N°2 : SG12-DP05 avec Rutile 0% et Fer Rouge 6% Dos 3 couches, Face 3 couches                   Hamada -DP1 Dos 4 couches, Face 3 couches

N°3 : SG12-DP05 avec Rutile 1% et Fer Rouge 6% Dos 2 couches, Face 3 couches                   Hamada -DP1 Dos 3 couches, Face 2 couches

N°4 : SG12-DP05 avec Rutile 1% et Fer Rouge 6% Dos 2 couches, Face 3 couches                   Hamada -DP1 Dos 4 couches, Face 3 couches

N°5 : SG12-DP05 avec Rutile 1% et Fer Rouge 6% Dos 3 couches, Face 3 couches                   Hamada -DP1 Dos 3 couches, Face 2 couches

N°6 : SG12-DP05 avec Rutile 2% et Fer Rouge 6% Dos 3 couches, Face 3 couches                   Hamada -DP1 Dos 4 couches, Face 3 couches

6/ La Cuisson

Cuisson: 

Dans le four électrique à 1260°C selon notre courbe ( voir le chapitre courbe de cuisson). 150°C/h -> 1000°C soit 6h40min puis 70°C/h -> 1260°C et enfin un palier de 15min. soit 11h au total.

Refroidissement:

La décroissance de température spontanée du four électrique mesurée cet été à une température ambiante de 25°C est exprimée ci-dessous en minutes:

Pour avoir le maximum de chances d’obtenir des effets, je choisis de faire 3  paliers au cours du refroidissement: 80min. à 1093°C, 100 min. à 1066°C et 10min à 1010°C 

7/ Résultat

7a/ Variations du Rutile

Email brillant marron-marron clair avec traces et coulures noirâtres.

Le rutile donne un peu de jaune.

L’épaisseur ne change pas le rendu.

Rutile = 0%
Rutile = 1%
Rutile = 2%

7b/ Variations de l’Oxyde de Fer Rouge

– Retenir le tesson N° 5 face (Rutile 2% 3 couches de SG12-DP05 et 3 couches de Hamada-DP1)

Faire varier la concentration en oxyde de fer rouge dans SG12-DP05 tout-en- conservant la même épaisseur d’émaux: 3 couches-3 couches) .

Tessons 1, 2, 3, 4, 5, 6 =>  7/8/9/10/11/12% en Oxyde de fer rouge

7 et 8% Oxyde de Fer Rouge
9 et 10% Oxyde de Fer Rouge
11 et 12% Oxyde de Fer Rouge

On obtient un effet « goutte d’huile » avec des taches rouille sur fond noir.

C’est loin de l’effet fourrure de lièvre. Je suis surpris par le résultat. Comparons les tessons 5 et 6 de l’essai précédent aux tessons 1 et 2 de cet essai. La concentration en rutile est la même: 2%.

Ce qui varie c’est la concentration en oxyde fer rouge qui passe de 6% pour les premiers  à 7 et 8% pour les seconds.

Avec 1 à 2% de concentration en fer rouge de plus la couleur passe du marron clair avec traces noires à du noir avec traces rouille.

Cela avec la même courbe de cuisson dans le même four électrique.

Explication: il existe un seuil de basculement  de la teinte pour une concentration donnée en oxyde de fer rouge à 7%. Autre explication, une erreur de mesure de concentration entre les deux essais

Sur Glazy, je trouve un peu le même effet avec un émail de David Tsabar 

https://glazy.org/recipes/12580

7c/ Essai contrôle: même essai en faisant varier la concentration en oxyde de fer rouge de 0 à 10% avec 2% de rutile.

Par sécurité, je vais refaire de l’émail SG12-DP05 et doserai précisément les composants y compris l’oxyde de fer rouge dans les 11 gobelets avant d’y ajouter l’eau.

Tout ceci sans changer la couverte Hamada rouille modifiée DP1, car pour la couverte on verra après s’il faut la modifier.

La création d’émaux est une véritable école de patience et d’auto-critique.

 

 

 

Créer un émail fourrure de lièvre: 1ère partie

Essai sur un émail « fourrure de lièvre » ?

C’est en terminant l’émaillage de mes deux lièvres  

et en allant voir sur internet  leur référencement que je trouve « émail  fourrure de lièvre ».  Je me suis hameçonné comme le poisson au bout de la ligne. C’est quoi un émail en fourrure de lièvre?

La première image qui sort est celle de ce vase exposé au Musée d’Orsay créé par Auguste Delaherche en 1908 

Vase avec émail fourrure de lièvre

L’intrication de couleurs de ce vase rappelle en effet la fourrure de l’animal. Mais de quoi s’agit-il?

Dans les chef-d’oeuvres de la collection Ernest Grandidier mis en valeur dans le glossaire des techniques du Musée National des Arts Asiatiques-Guimet. 

Je trouve ceci qui apparait dans Glossaire/ Couvertes:

Couverte « fourrure de lièvre » de Jian: 

Couverte feldspathique avec fondant à base de carbonate de calcium et de potasse et grande quantité de fer (6%). Le surplus non dissous de fer en suspension est emmené par les bulles d’air qui éclatent à la surface.  Elles forment des points d’oxyde de fer qui coulent le long des parois et forment des taches. Cet effet nécessite une cuisson à 1300-1330°C.

Ce type de couverte est employé sous les Song (960-1279).

Bol – Chine Dynastie Song 960-1279

Que dit ChatGPT ?

Voici un résumé clair et pratique sur l’émail « fourrure de lièvre » en céramique (aussi appelé « hare’s fur » en anglais, 兔毫釉 en chinois).

1) Définition:

C’est un type d’émail historique, célèbre sur les bols Jian (Jian ware) de la dynastie Song (Chine). Apparence caractéristique : fond sombre (brun-noir) strié de fins « poils » verticaux brun clair, argentés ou métalliques rappelant la fourrure d’un lièvre. Lié aux émaux tenmoku/天目 utilisés aussi au Japon.

2) Pourquoi cet aspect apparaît (principes)

– Émail riche en fer : des composés de fer dans la glaçure cristallisent ou s’orientent pendant la cuisson/réchauffement, formant des traits fins.
– L’atmosphère réductrice pendant la cuisson favorise la réduction de l’oxyde de fer et la formation des bandes.
– Épaisseur de l’émail, tension de surface et composition (fluide vs visqueux) déterminent la longueur/largeur des « poils ».

3) Composition et paramètres (généralités)

– Base : fond feldspathique/ash-type (émail silicaté), parfois avec ajout d’oxyde de fer ou d’un engobe riche en fer sur la pièce.
Teneur en fer : typiquement notable — on trouve des plages allant de quelques pourcents à 10–15 % d’oxyde de fer selon la recette (les chiffres varient selon les recettes modernes).
– Température : cuisson haute température pour grès/stoneware — généralement dans la fourchette ~1200–1300 °C (cônes ~8–10).
– Atmosphère : réduction (less oxygen) pendant la montée et/ou le refroidissement; un refroidissement contrôlé favorise la cristallisation et l’apparition des stries.

4) Techniques pratiques pour obtenir l’effet

– Préparer un émail/engobe riche en fer (ou appliquer un engobe ferreux sur la surface avant glaçure).
– Application : coulage généreux ou superposition pour obtenir une épaisseur suffisante. Les coulures verticales favorisent les « poils ».
– Cuisson en réduction : contrôler l’atmosphère du four (charbon, gaz ou agent de réduction), et éviter une réduction trop brusque ou trop faible.
Contrôler le refroidissement (parfois maintien ou refroidissement lent) pour laisser se former/grossir les cristaux qui créent les traits.
– Expérimenter avec additions (rutile, titane, manganèse) et variations d’épaisseur — elles modifient l’apparence (passage vers « oil-spot »/taches métalliques ou vers des bandes plus nettes).

5) Variantes et confusions

– « Hare’s fur » se distingue de « oil-spot » (gouttes métalliques) et d’autres effets Tenmoku ; les transitions entre ces aspects peuvent être subtiles selon la recette et la cuisson.
– Les résultats sont très sensibles au four, au lot d’argile et aux petits changements de recette — prévoir d’innombrables essais.

6) Problèmes fréquents

Pas de stries : souvent manque d’oxyde de fer, cuisson oxydante, trop peu d’épaisseur, refroidissement trop rapide.
– Sur-glaçure qui coule trop : réduire l’épaisseur ou modifier la viscosité.
– Variation excessive : normal en cuisson réductrice ; documenter et standardiser l’empilement et l’alimentation en combustible pour la répétabilité.

7) Mécanismes chimiques

– Fer : l’oxyde de fer (Fe2O3 ➜ réduit partiellement en FeO/Fe ou en phases magnétiques comme la magnétite) est l’agent clef. La quantité et l’état d’oxydation du fer contrôlent la couleur et la métallisation.
– Réduction : une atmosphère pauvre en oxygène favorise la réduction des oxydes ferriques, créant les nuances sombres et les reflets métalliques.

8) Mécanismes physiques

– Phase séparation & cristallisation : sous l’effet de la chaleur et du refroidissement la glaçure peut se diviser en domaines riches et pauvres en fer ; des cristaux ou agglomérats ferriques (ou des dépôts vitreux à surface différente) forment les « poils ».
– Tension de surface et écoulement : la viscosité/glace en fusion et la gravité favorisent l’orientation verticale des stries lors du ruissellement. Les bulles de gaz et sites de nucléation (impuretés, grains non fondus) influencent la taille et la distribution.
– Additifs (rutile, titane, manganèse) : modifient la manière dont le fer cristallise et peuvent faire apparaître plus d’« oil spots » ou altérer la couleur/métallicité.

9) Paramètres de cuisson pratiques

– Température : généralement haute température (stoneware/grès). Plage typique ~1200–1300 °C ( cônes 8–11 selon le four). Les bols Jian historiques étaient cuits très chaud (vers ~1280–1300 °C).
– Atmosphère : réduction recommandée, surtout lors de la montée et du refroidissement ; la réduction pendant le refroidissement est souvent cruciale pour la formation des poils.
Épaisseur de glaçure : assez importante ; si trop mince, les stries n’apparaissent pas. Trop épaisse peut couler excessivement.
– Refroidissement : un refroidissement contrôlé (parfois maintien, puis refroidissement lent) favorise la cristallisation visible.

10) Exemple de recette expérimentale (point de départ)

(Remarque : adapter selon matériaux disponibles et testez sur tessons.)
– Potasse feldspath : 40 %
– Kaolin (ou argile réfractaire) : 20 %
– Silice (sable) : 20 %
– Oxyde de fer (Fe2O3) : 8–12 % (commencer par 8 % et augmenter si nécessaire)
– Optionnel : rutile 2–4 % pour variations « oil-spot »
Application : dégraissage/engobe ferreux (optionnel : barbotine 2–5 % Fe2O3) ; trempage pour obtenir 2–3 mm de couche (ou plusieurs couches si besoin).
Cuisson : monter à 1240–1280 °C en atmosphère réductrice ; maintien 15–30 min ; amorcer refroidissement lent et veiller à maintenir réduction pendant la phase critique où la glaçure cristallise.

11) Technique d’application et points expérimentaux

– Engobe ferreux : appliquer un engobe (épais) riche en fer avant la glaçure pour accentuer les bandes.
– Épaisseur et coulures : favoriser des coulures verticales (glaçure suffisamment fluide) pour des lignes plus longues.
Test systématique : réaliser une plaque d’essai avec variations en colonnes : 1) teneur en fer (5, 8, 12 %), 2) épaisseur (fine/ moyenne/épaisse), 3) présence/absence de rutile, 4) profils de réduction (légère/forte, prolongée au refroidissement). Photographiez et notez chaque test.

12) Problèmes fréquents et remèdes

– Pas de « fourrure » : vérifier réduction, augmenter Fe2O3, augmenter épaisseur, tester engobe ferreux.
– Glaçure qui coule trop : réduire flux (moins de feldspath), diminuer épaisseur, ajouter un peu d’argile pour épaissir la glaçure.
– Résultats très variables d’un four à l’autre : normal — standardisez positionnement, quantité de combustible/ventilation et documentez précisément.

Pour ma première utilisation de ChatGPT dans ce blog je ne suis pas déçu. Je peux lui demander plus, des références, des expérimentations… mais c’est un plaisir de chercher soi-même.

Peut-on créer la fourrure de lièvre en Oxydation?

Une partie de la réponse est dans la revue: Ceramics Art Network

https://ceramicartsnetwork.org/daily/article/Oil-Spot-and-Hares-Fur-Glazes-Demystifying-Classic-Ceramic-Glazes

John BRITT, célèbre céramiste américain donne en 2013 dans cette revue des explications plus détaillées. Surtout, il offre la possibilité de l’obtenir en oxydation.

Silver Iron Cup (détail), porcelaine avec un vernis de combinaison de fourrure de lièvre – deux manteaux de John’s SG-12, un manteau Candace Black, et un manteau de Hamada Rust, oxydation du cône 10.

Ci-dessous un résumé du texte de John Britt:

« Aujourd’hui la plupart des potiers sont familiarisés avec les émaux  tenmokus et la cuisson en réduction. Mais pour obtenir des effets goutte d’huile les tenmokus rigides nécessitent d’être cuits en oxydation ».

Principe chimique simple:

Fe2O3 est en principe réfractaire à l’oxydation mais il peut aisément être changé en fondant sous forme de FeO en réduction. Pour les gouttes d’huile, nous sommes intéressés dans l’aptitude du fer à d’auto-réduire. A cône 7 (2250°F ou 1232°C), Fe2O3 ne peut maintenir sa structure cristalline trigonale et il se réarrange en structure cubique, la magnetite (Fe3O4) qui se réduit encore pour devenir ferreuse (FeO). Ceci est appelé la réduction thermique.

Echappement de l’oxygène

Ceci signifie que lorsque c’est suffisamment chauffé, l’oxyde de fer rouge utilisé dans l’émail laisse s’échapper un atome d’oxygène. Alors que les bulles d’oxygène libérées atteignent la surface de l’émail, elles entraînent un peu de magnétite avec elles et la déposent en surface. Une tache noire rugueuse est laissée sur la surface de l’émail. Elle est différente de l’émail environnant en raison d’une grande concentration d’oxyde de fer dans cette petite surface et de sa re-oxydation pendant le refroidissement.

Effet goutte d’huile

Pour finaliser l’effet goutte d’huile, on doit en premier appliquer une épaisse couche d’émail et cuire en oxydation à cône 10 ou plus haut . L’émail va buller vigoureusement pendant que le fer se réduit thermiquement.

Contrôler le refroidissement

Une période de trempage est utile à la fin de la cuisson pour permettre aux bulles de se lisser. Ceci peut être fait par des moyens divers qui donnent des changements subtils dans l’aspect final de l’émail. Par exemple, certains cycles de cuisson ralentissent la courbe finale de 1232°C à 1287°C jusqu’à 10°C/h ou moins alors que d’autres atteignent 1287°C avec un palier d’une heure et d’autres encore cuisent à cône 12 ou 13.

La base de l’émail

La plupart sont des bases de feldspath avec 5 à 8% d’oxyde de fer rouge. Ceci produit du brun sur des taches brunes. L’ajout de carbonate de cobalt à 2-5% produit une surface d’émail avec des taches argentées flottant dans un champ noir.

Superpositions d’émaux

Une autre option inclut une approche multi-couches d’émaux. Les taches d’huile peuvent être réalisées en utilisant une barbotine de fer au dessous d’un émail temoku. John’s SG-12 appelé « émail barbotine » car il contient une grande quantité de barbotine argileuse. Il est appliqué en 1er.

JOHN’S SG-12 Cone 10-11 Oxydation

Cendre d’os 2,06%
Dolomie 5,53
Talc 3,08
Craie 1,73
Custer Feldspath 38,03
Red Art Clay 40,12
Kentucky Ball Clay 9,46
100,00
Ox. Fer Rouge 4,50
Rutile 1,00

 

Dans ce cas, utiliser la couverte 215 . John’s SG-12 s’applique de façon épaisse (3 couches) et la couverte en une ou deux couches.

Fourrure de lièvre

La fourrure de lièvre se dénomme ainsi parce que ça ressemble à la fourrure du lièvre. C’est un type spécifique d’émail en goutte d’huile qui est noir avec de délicates stries brunes. Une autre forme d’émail comporte des stries argentées flottant dans une base noire/brune ( appelée Yuteki). Une forme encore plus difficile à réaliser comporte des stries irisées. Très prisée, elle coûte cher. Aussi appelé Yohen, ce qui signifie changeant de couleur.

Comment faire?

Une façon dobtenir la fourrure de lièvre est de cuire les glaçures très chaudes et de les faire tremper longuement pour permettre à la glaçure de couler sur le côté du pot, ce qui fait couler et fondre les taches dhuile sur le côté du pot.

Plus simple

Un moyen plus simple est dutiliser un glaçage de couverture plus fluide, comme la rouille Hamada, sur la glaçure à base de barbotine (John’s SG-12). Cela fait que les taches d’huile s’écoulent le long du pot, formant des stries délicates plutôt que de retenir fermement les taches d’huile. Ce coulage et ce processus de stries se modifient en utilisant différentes glaçures de recouvrement. Vous pouvez utiliser un glaçage de couverture kaki pour obtenir plus de couleurs orange, ou un saturat de fer pour donner plus de paillettes de fer.

Espresso Cup (détail), porcelaine avec John’s SG-12, puis Hamada Rust au-dessus, cône 10 en oxydation, 2011. Les variations de motif s’obtiennent en ajustant l’épaisseur du sous-manteau (SG-12) et du surmanteau (Hamada Rust).

Il ne me reste plus qu’à essayer: voir la 2ème partie

 

 

 

 

Email alimentaire: test en labo

Je viens de recevoir les résultats du test en laboratoire de l’émail rose que j’ai publié précédemment.

Voici les conclusions d’Eric Swanet :

CCE2
Consultance en Chimie des Eaux Industrielles
Céramique et Chimie des Emaux
CCE2 S.R.L.
Rue de Hannut, 15B eric.swanet@gmail.com

Tel: +32 498 51 22 87
1350 Marilles TVA : BE 0791 559 986

CONCLUSION
Aucune migration d’élément potentiellement toxique n’est détectée.
L’émail est certifié compatible au contact alimentaire.
Aucune migration d’élément constitutif de l’émail n’est décelée.
L’émail est certifié très stable au contact acide.
Document annexé :
Fichier Excel (synthèse des analyses de la SWDE)
Rapport rédigé par :
Eric Swanet
Ingénieur Chimiste

Je peux désormais utiliser cet émail pour les poteries à usage alimentaire. Cette analyse de laboratoire vient confirmer mes crash-tests.

Juxtapositions d’un émail vert

Comment juxtaposer des nuances d’émail vert ?

Choisir les types d’émaux à juxtaposer. Pour cela, je fais un choix d’oxydes parmi les différents émaux de couleur verte créés précédemment.

L’idée est de déposer au pinceau des strates d’émail juxtaposées et de voir si les couleurs attendues sont préservées ou modifiées.

1ère étape: composer chaque émail

Je compose 100g de base « Vienne 2025 » sans Oxyde d’étain et sans Oxyde de Chrome. J’ai divisé cette base en 4 pots de 25g chacun.

J’ajoute dans chacun des pots :

N°1 Oxyde de chrome 0,025g;

N°2 Oxyde de chrome 0,05g;

N°3 Oxyde de Cuivre noir 0,16g;

N°4 Ox. de Chrome0,082g+Ox. de Cuivre noir 0,082g+Carbonate de Cuivre 0,25g

Je ferme les pots avec leur couvercle et j’agite dans tous les sens pour mélanger la poudre de la base avec l’oxyde.

Je prépare de la CMC diluée dans l’eau à la concentration de 6g/l. J’ajoute 20ml d’eau + CMC dans chaque pot et mélange le tout avec un bâtonnet. Ceci permet d’étaler l’émail au pinceau sans laisser de traces de pinceau.

2ème étape: déposer sur un pot

J’applique les strates d’émail au pinceau en 2 couches selon les N° de pot .

Cuisson Cône 6 en oxydation au four électrique à 1200°C.

L’émail N°1 est vert très clair, comme attendu. Le N°2 ( oxyde de chrome à 0,20g/100g) est vert plus foncé, comme prévu. Aucune trace de l’émail N°3 Oxyde de Cuivre noir déposé en bande. Enfin, l’émail N°4 ne se distingue pas franchement du N°3.

Conclusion: l’application au pinceau de strates d’émail de concentration d’oxydes différentes crée des juxtapositions intéressantes. Mais cette juxtaposition d’oxydes différents entraîne cependant des modifications de couleur. Ici, l’oxyde de chrome a supprimé la couleur sombre attendue de l’oxyde de cuivre noir.

 

Fabriquer un émail vert

Comment faire un émail vert?

Il s’agit de faire un émail de couleur verte destiné à être appliqué sur du grès

Première étape: choisir la base de l’émail

J’ai opté pour un émail cône 6, c’est à dire cuit à 1200°C. Je vais dans Glazy.org

Je vais sur « Recipes » et coche dans mes recherches les rubriques: « White »/Oxydation/Cone6/Glossy/Opaque

J’obtiens une liste d’émaux blancs et en choisis un parmi mes préférés.

Dans cet essai, j’ai pris ma base Vienne 2025 utilisée habituellement pour l’émail rose, duquel j’ai retiré l’Oxyde d’étain et l’oxyde de Chrome.

Il reste la base:  Wollastonite: 25, Ferro Frit 3134: 20, Kaolin: 20, Silice: 20, Feldspath potassique: 15, Zircopax: 5 et Bentonite: 2

Email : BASE

 Vienne 2025

Auteur :

Daniel PORTALEZ

 
Wollastonite   25
Ferro Frit 3134   20
Kaolin   20
Silice   20
Potash Feldspar   15
Oxyde étain   5
Zircopax   5
Bentonite   2

Ensuite, 2ème étape

Deuxième étape: choisir les Oxydes

Aller sur Glazy.org et entrer les critères : « Green »/Oxydation/Cone6/Glossy/Opaque

Je n’ai changé que la couleur. On obtient une liste d’émaux. Je clique sur chacun d’entre eux et ne retiens que les oxydes utilisés. Les trois plus courants sont: Oxyde de Chrome, Oxyde de Cuivre Noir et Carbonate de Cuivre.

Je note les concentrations utilisées pour les types de vert proposés puis…

Troisième étape: faire les essais

OXYDES
1 Ox Chrome 0,66
2 Ox Cuivre noir 0,66
3 Carb Cuivre 0,66
4 Carb Cuivre 1,32
5 Carb Cuivre 2
6 Carb Cuivre 2,64
7 Ox Chr +Ox Cu Noir 0,33 + 0,33
8 Ox Chr + Ca Cu 0,33 + 1
9 Ox Cu N + Ca Cu 0,33 + 1
10 Ox Chr + Ox Cu Noir + Ca Cu 0,33+0,33+1

Je prends 100g de base. Attention, certains composants comme la wollastonite doivent être tamisés au tamis 80.  Je divise par 10 la concentration des oxydes données dans le tableau ci-dessus. Exemple: Oxyde de Chrome 0,066g…

J’ajoute chaque oxyde à la base dans 10 petits gobelets différents numérotés de 1 à 10. J’ajoute 7ml d’eau et mélange soigneusement avec un bâtonnet.

Je dépose au pinceau 3 couches alternées de ce mélange sur chaque tesson également numéroté. Enfin…

Quatrième étape: la cuisson et le résultat

Cuisson en four électrique à 1200°C (cône 6)

1=Ox.Chr 0,66 2=Ox.Cu noir 0,66 3=Ca. Cu 0,66
Ca Cu 3=0,66; 4=1,32; 5=2; 6=2,64

 

7=OxChr+OxCuNoir; 8=OxChr+CaCu; 9=OxCuNoir+CaCu; 10=OxChr+OxCuNoir+CaCu

Les couleurs varient entre le vert et le turquoise

Le plus difficile: faire un choix!