Fabriquer un émail « maison »

05/01/2025  Composer soi-même un EMAIL

Composer ses propres émaux est un travail de recherche et de laboratoire.

I/ Prenons un exemple concret qu’on appellera OA (Oak Ashes)

Objectif: créer un émail noir ou brun sombre, mat ou semi-mat à partir de cendres de chêne sur grès GSA ( grès de St-Amand ) La composition moyenne du GSA est : Si02 72,07-Al2O3 19,29- MgO 0,4 – Na2O 0,15 – CaO traces – K2O 2,07 – F2O3 1,95 – MnO 0,02 – TiO2 1,18) . Noter qu’elle contient 1,95 de Fe2O3 qui interagit avec l’émail. On essaiera aussi sur un grès blanc W11 (Ceram Decor).

Ia /Le travail de recherche : * Composition de base / **Ajout d’oxydes–    

 * la composition de base

Pour les émaux sombres, je choisis d’utiliser un émail dont la base sera :        cendres de chêne 33% – Feldspath ice 33% – Kaolin 33%:

  • Composition des cendres de chênes de Céradel  : SiO2 1- Na2O 2- K2O 35- MgO 17- CaO 23- P2O5 17- MnO 3- Fe2O3 2
  • Composition du feldspath ice : SiO2 69- Na2O 3- K2O 10- MgO 0- CaO 0- P2O5 0- MnO 0- Fe2O3 1
  • Composition du Kaolin: SiO2 47- Al2O3 40
  • Cela correspond à la formule suivante selon Glazy-calculator :
0.06 Na2O / 0.34 K2O / 0.28 CaO / 0.29 MgO / 0.03 MnO
0.39 Al2O3
1.36 SiO2
0.01 Fe2O3
0.09 P2O5
R2O:RO 0.40:0.60 (R2O = Na2O+K2O, RO = CaO+MgO+MnO)
SiO2:Al2O3 3.46
Les 3 éléments de base pour appliquer le diagramme de Daniel de Montmolin sont: 0,4 KNaO / 0,28 CaO / 0,29 MgO : cet émail s’inscrit dans le diagramme N° 36

Dans ce diagramme, on place en ordonnées 1,36 SiO2 et en abcisse 0,39 Al2O3. Le rond rouge à l’intersection montre que cet émail est à l’intérieur du tracé. Ceci  signifie que le champ de fusion de l’émail est optimal pour la fusion entre 1280° et 1300°. S’il était plus à gauche de la ligne verticale du diagramme, il serait nécessaire d’utiliser une fritte qui apporterait des alcalis.

Deux observations importantes:

  • Observe les 2 ratios donnés dans Glazy :                                                                           1/ ratio SiO2:Al2O3 = 3,46 placé en étoile dans le diagramme de Stull au sein des émaux de type mat ( ratio SiO2/Al2O3 <4 = mat, ratio ratio SiO2/Al2O3 >5 = brillant).                                                                                                                                   2/ ratio R2O : RO = 0.40 : 0.6  Ce ratio détermine la stabilité de l’émail se rapprochant du « nombre d’or » expliqué par Joëlle Swanett  R2O: RO = 0.3 : 0,7
  • Note bien que la cendre de chêne contient du phosphore en quantité non négligeable. Le Phosphore agit dans les bleus de fer en oxydation « pour une concentration de 0,05 à 0,075, en maintenant la couleur et en intensifiant l’opacité de l’émail » ( cf Daniel de Montmolin page 196). Il paraît inutile d’en ajouter mais on va quand-même en faire varier la concentration pour en juger en ajoutant de la cendre d’os . Sa suppression donnerait un vert-bouteille pâle.

** L’ajout d’oxydes = choix de la couleur.

Le livre de John Britt sur les émaux haute-température et celui de Philippe Pirard sur les jus d’oxydes m’aident à me décider.

Je fais le choix du Fer Rouge Fe2O3.  En oxydation à four électrique, il est possible d’obtenir des kakis (rouge sombre) ou des bleus de fer. Je choisis les bleus de fer et suis la recommandation de DDM de faire évoluer la formule vers le diagramme 25  (0,7 CaO, 0,3 KNaO). Mais ajouter de la craie aux cendres de chênes conduit à l’échec selon Glazy et les diagrammes DDM. Je vais donc rester dans les bruns-noirs-kakis.

J’ajoute un influenceur de couleur. L’oxyde de Cuivre ( CuO) est difficile à utiliser. Il abaisserait le point de fusion de la terre et peut donner des picots ou un aspect gondolé. Je vais plutôt utiliser le carbonate de cuivre (CCuO3) car c’est celui dont je dispose. L‘oxyde d’antimoine (Sb2O3) aurait une action illuminatrice surtout avec l’oxyde ferreux, prenant un aspect délavé.

Après la recherche, préparons le travail de laboratoire:                                           33 essais (Oak ashes), base identique :  Cendres 33, Felsdspath Ice 33, Kaolin 33.  OA1 : Base seule                                                                                                                 OA2-OA9: Fer Rouge 1-8%                                                                                            OA10-OA17: Fer Rouge 1-8% + Cendre Os 1-8%                                                      OA18-OA25: Fer Rouge 1-8% + Carb. Cuivre 1-8%                                                   OA26-OA34: Fer Rouge 1-8% + Oxyde d’antimoine 1-8%

Ci-dessous le tableau des 33 essais prévus: OA1, 2, 3…. A appliquer sur des tessons de 2 terres différentes soit 66 essais.

Liste de 33 essais
Liste des 33 essais à partir de la même base (cendres de chêne, feldspath, kaolin) en faisant varier l’oxyde de fer rouge

Ib – Le laboratoire

  • S’isoler pour 2 bonnes heures et couper le téléphone, il est capital de ne pas être dérangé.
  • Installer la balance, les mini-pots, les tessons déjà cuits en dégourdis des 2 terres GSA et W11. Marquer les tessons OA1…OA33 à l’engobe noire ou au crayon engobe (tessons préalablement cuits à 980°C)

Préparer 330g de base: 110g de cendres déjà lavées et tamisées (N°80), 110g de Feldspath ice et 110g de Kaolin. Mélanger le tout à sec dans une boîte hermétique.  Prélever 10g du mélange pour chacun des 33 pots.

Préparation de la base (cendre, feldspath, kaolin): 10g dans chaque pot en face de 2 tessons de même numérotation de 2 terres différentes: GSA et W11
Préparation de la base 10g dans chaque pot en face de 2 tessons de même N° de 2 terres différentes: GSA et W11
  • Doser les oxydes:        pour 1% d’oxyde,  préparer [(1:100)x330]:33= 0,1g                                                          pour 8% d’oxyde,  préparer [(8:100)x330]:33= 0,8g
Balance au millième de gramme

Utiliser une balance au millième avec collerette centrale pour déposer les oxydes

Préparation des oxydes: chaque pot contient une concentration d'oxyde différente: 0,10g, 0,20g...
Dépôt des oxydes dans les pots et ajout de 8ml d’eau pour obtenir une densité de l’émail de 1,5

Ic – La courbe de cuisson

Il s’agit d’une cuisson en oxydation, au four électrique TR16 (Nabertherm) de 16 litres que je viens d’acheter spécialement pour la cuisson des essais voir chapitre four électrique). La courbe retenue est la suivante: 100°/h jusqu’à 900°C – 120°/h jusqu’à 1280°C – palier de 10min – palier de 10min à 1145°C puis refroidissement libre. On peut considérer qu’il s’agit d’une cuisson cône 8-9 à haute température

Id – Le résultat

OA1-OA9: Base + Oxyde de fer rouge en concentration croissante de 0% à 8%

Ajout progressif d’Oxyde de fer rouge de 0 à 8% de OA1 à OA9

Commentaires: cet émail  est « réussi »

  • texture soyeuse de l’émail sur tous les tessons. Ne coule pas. Pas de différence entre le recto  (2 couches d’émail) et  le verso (3 couches)
  • Pas de différence de texture ou de couleur entre la terre blanche et la GSA
  • La couleur va de marron clair à marron foncé selon la concentration en Fer
  • Tesson retenus OA7, 8, 9

OA11-0A17 : Oxyde de fer rouge 1-8% et Cendre d’os 1-8%

Test sur l’apport de phosphore en ajoutant de la cendre d’os: OA10 à OA 17

Commentaires: Le but était de tester le même émail que ci-dessus contenant 1 à 8% d’oxyde de fer en ajoutant de la cendre d’os afin d’observer l’effet du phosphore, à priori inutile car la cendre de chêne en contient déjà. Ceci est confirmé par l’essai: cela ne change pas la texture de l’émail ni sa couleur. Par contre le phosphore abaisse le point de fusion et a fait couler l’émail. Aucun tesson retenu

OA18-OA25: Oxyde de fer rouge 1-8% + Carbonate de cuivre 1-8%

Test de l’apport de Carbonate de cuivre OA18 à OA 25

 Commentaires: le marron vire au noir foncé à partir de 5% de carbonate de cuivre. OA21: à 4% de carbonate de cuivre, pas de coulage et couleur marron très foncé. Au delà, OA22 à 25: coulage de l’émail au bas du tesson. Donc le carbonate de cuivre abaisse le point de fusion et liquéfie l’émail mais il assombrit fortement la couleur de l’émail. Tesson retenu OA 21 à 4% Pour une concentration plus forte, tester une cuisson à 1250°C

OA26-OA34: Fer Rouge 1-8% + Oxyde d’antimoine 1-8%

Test de l’apport d’oxyde d’antimoine de OA26 à OA33

Commentaire: L’oxyde d’antimoine ne fait pas couler l’émail, il modifie les nuances de l’émail: il conserve la couleur due à l’apport d’oxyde de fer mais il lui donne un aspect « de cuir vieilli » un peu délavé, une couleur un peu inhomogène. Tessons  retenus: OA 31-33 de 6 à 8%

21/01/2025 Préparation d’autres essais de cendres

Depuis quelques jours je recueille et tamise des cendres de bois de peuplier et d’eucalyptus . Je les lave, puis les sèche sur le poêle à bois de la maison et les re-tamise. Ci-dessous la préparation des essais

I/ Essai Cendres de peuplier

Pour la base, j’ai repris les essais réalisés en 2023 et retenu la base des 2  meilleurs que je nomme PA11 et PA21.

Essais Cendres Peuplier : Base + Variations Ox. Fer Rouge/Carb. Cuivre

Cendres

Peuplier

Feldsp.

Sodique

Neph

Syen

Kaolin

Calciné*

Silice Carbon. Magnés. O. Fer Rouge Carb. Cuiv.
PA11 33 27 14 13 10 4
PA12 33 27 14 13 10 4 2
PA13 33 27 14 13 10 4 4
PA14 33 27 14 13 10 4 1
PA15 33 27 14 13 10 4 2
PA21 29 28 16 10 13 4
PA22 29 28 16 10 13 4 2
PA23 29 28 16 10 13 4 4
PA24 29 28 16 10 13 4 1
PA25 29 28 16 10 13 4 2

 Cendres de peuplier : référence pour la composition chimique

* Kaolin calciné car les cendres de peuplier sont riches en calcium. Le kaolin calciné diminuerait le risque de tressaillage selon DDM (Daniel De Montmolin).

Composition des cendres de peuplier : CaCO3 64%, K2O 20%, P2O5 9%, SiO2 4%, MgO 1%, AL2O3 1%, Fe2O3 0,2%

Analysis PA 11:  0,26KNao; 0,64 CaO; 0,1 MgO;  0,25 Al2O3; 1,28 SiO2

R2O:RO 0,26:0.74   SiO2:Al2O3 5,20

Diagramme N°18 DDM. Positionnement correct=émail stable
Diagramme de Stull: semi-brillant

Analysis PA 21: 0,28 KNao; 0,62 CaO; 0,1 MgO;  0,26 Al2O3; 1,5 SiO2

R2O:RO 0,28:0.72   SiO2:Al2O3 5,86

Diagramme DDM N°26 Email stable
Diagramme de Stull: semi-brillant

Résultat: Email « réussi »: brillant, lumineux, beige clair pour la base qui ne coule pas.

Cendres de peuplier+- Oxyde de fer rouge/+- Carbonate de cuivre

Commentaire: Pas de différence nette entre PA11 et PA22 sauf que les couleurs sont plus foncées en PA 21 à PA25. Tessons retenus: PA11et PA15

II/ Essai Cendres d’eucalyptus

Essais Cendres Eucalyptus : Base + Variations Ox Fer Rouge/Carb. Cuivre

C.Eucaly Feld.Ice Kaol Silice Alum Dolomie O. Fer R. Ca. Cu
EA11 21 28 33 12 6
EA12 21 28 33 12 6 2
EA13 21 28 33 12 6 4
EA14 21 28 33 12 6 1
EA15 21 28 33 12 6 2
EA21 30 30 16 24
EA22 30 30 16 24 2
EA23 30 30 16 24 4
EA24 30 30 16 24 1
EA25 30 30 16 24 2

Composition des cendres d’eucalyptus:

Oxyde Analysis Formula
CaO 20.26% 0.37
K2O 10.33% 0.11
MgO 11.94% 0.31
Na2O 10.83% 0.18
Al2O3 2.21% 0.02
P2O5 3.41% 0.02
SiO2 32.90% 0.57
Fe2O3 3.50% 0.02
MnO 0.51% 0.01
SO3 4.11% n/a
Oxide Weight 99.29
Formula Weight 103.54

 Analysis EA 11 0,27 KNao; 0,39 CaO; 0,34 MgO;  0,54 Al2O3; 3,18 SiO2

R2O:RO 0,27:0.73   SiO2:Al2O3 5,94

Diagramme N°28 DDM: émail stable
Diagramme de Stull: semi-brillant

Analysis EA 21 0,31 KNao; 0,37 CaO; 0,31 MgO;  0,35 Al2O3; 3,1 SiO2

R2O:RO 0,31:0.69   SiO2:Al2O3 8,85

Diagramme N°28 DDM: émail stable
Diagramme de Stull: brillant

Résultat: émail « réussi » , brillant, ce coule pas mais pas attrayant. Aucun tesson n’est retenu

 III/ Essai comparatif 3×33: cendres d’Eucalyptus, de Peuplier et de Chêne

De même composition 33% de cendres, 33% de Néphéline syénite et 33% de Silice avec variations d’Oxyde de Fer rouge et de Carbonate de Cuivre

C.Eucal. C.Peupl. C.Chên Neph.Sy Silice OFer Rouge Ca. Cu
EC33-1 33 33 33
EC33-2 33 33 33 1
EC33-3 33 33 33 0,5
PC33-1 33 33 33
PC33-2 33 33 33 1
PC33-3 33 33 33 0,5
CC33-1 33 33 33
CC33-2 33 33 33 1
CC33-3 33 33 33 0,5

Ces 3 émaux ont cette composition respective:

EC 33-1: 0,34 KNao; 0,36 CaO; 0,3 MgO;  0,21 Al2O3; 2,75 SiO2  R2O:RO 0,34:0,66 SiO2:Al2O3 13,24

PC 33-1:  0,26 KNao; 0,72 CaO; 0,02 MgO;  0,15 Al2O3; 1,7 SiO2 R2O:RO 0,27:0,73 SiO2:Al2O3 11,50

CC 33-1: 0,41 KNao; 0,28 CaO; 0,28 MgO;  0,15 Al2O3; 1,8 SiO2 R2O:RO 0,42:0,58 SiO2:Al2O3 11,76

Ils sont tous classés « brillants » dans le diagramme de Stull et répondent respectivement aux diagrammes DDM N°28, N°18 et N°36. Leur positionnement à gauche de la ligne verticale justifierait l’utilisation d’une fritte. Décidons de transgresser la règle et voyons le résultat.

Résultat: émail « réussi » , brillant, ce coule pas. Le plus lumineux est le peuplier, le plus doux au toucher est le chêne

Retenus: PC33-3 et CC33-3

 

15/02/2025 Résultat des essais avec courbe de cuisson Cône 7

Courbe de cuisson: 0-1100° en 11h; 1265° en 2h40, palier de nappage 1265° 30min

– Je retiens une dizaine des émaux les plus réussis et fais la même recette.

– Je fais des variations sur les 3 cendres de bois en conservant la base. V1CC, V2CC et V3CC: cendres de chêne, peuplier et eucalypyus avec 2g de carbonate de cuivre sans oxyde de fer.

– Je fais des apports de métaux broyés et calcinés à la même base des 3 cendres de bois: bronze et copeaux de Titane

– Enfin, je fais des superpositions d’émaux diverses et variées

Retour d’expérience:

Pas de différence notable sur l’ensemble des émaux concernant la cuisson qui est différente, ils sont stables et ne sont pas sous-cuits

Seuls deux émaux ont été retenus sur 150 essais:

# OA 23: cendres de chêne 33g – Feldspath ice 33g – Kaolin 33g- Oxyde de fer rouge 8g, Carbonate de cuivre 8g

Cendres de chêne, feldspath, kaolin, Ox.Fer Rouge, Carb. Cuivre Email noir mat, lisse, soyeux, métallique

# V1CC: cendres de chêne 33g – Feldspath ice 33g – Kaolin 33g- Carbonate de cuivre 2g 

cendres de chêne-Feldspath-Kaolin-Carbonate de cuivre Noir mat avec reflets verts

08 Mars 2025: OA 23 effets métalliques

Je renforce l’effet métallique de l’émail noir mat OA 23 avec Oxyde de Cuivre Noir 3%, Carbonate de Manganèse 3 et Bentonite 2

 

Essais de céramique sur terre du jardin

28/09/2022 Ceci est un blog pour céramistes et potier(e)s , c’est la toute première page et on n’a pas d’expérience de cet usage mais tentons le. 

Nous proposons ce blog à ceux et celles qui débutent la céramique ( comme moi, Daniel) et qui découvrent un univers fait de terre, de feu, d’eau (pas trop), de substances aux noms étranges, d’assemblages divers et variés, de couleurs, de dessins, mais surtout un monde qui demande de la rigueur, de la persévérance et de l’imagination créative. On s’écarquille les yeux et on tend les oreilles sur les marchés de potiers pour saisir quelques recettes et on revient avec l’envie de faire mais aussi avec un peu de découragement tant la tâche paraît ardue. 

Pour moi (Chantal), j’ai débuté il y a 12 ans et j’ai un peu de bouteille, empirique certes, mais aussi enrichie de quelques cours  et après beaucoup d’effort, j’ai pu accéder à maîtriser le tour, les colombins, les montages à la plaque, (presque rien en moulage), la cuisson des grès au four électrique, l’enfumage, et j’ai acquis quelques connaissances dans les couvertes et les émaux. J’ai très envie de communiquer avec les céramistes qui comme moi se posent des tas de questions sans savoir à qui les poser.

Nous échangeons beaucoup tous les deux et nous souhaiterions partager avec vous le fruit de notre apprentissage, de nos essais, de nos échecs car il y en a, de nos espoirs et recevoir de vous sinon des réponses, du moins des avis, des conseils, des observations, des remarques.

Étape 001: le choix de l’argile. Bien sûr qu’on apprend à tourner sur une argile du commerce, le grès en l’occurrence mais on sait qu’en Midi-Pyrénées l’argile est reine, ce n’est pas pour rien qu’on appelle Toulouse la ville rose car la brique y est partout. Donc, peut on utiliser l’argile de notre jardin pour la céramique. Nous avons établi un plan de bataille, avons préparé deux balances, récolté l’argile et au boulot. On vous livrera prochainement les résultats de notre quête mais si quelqu’un a déjà tenté l’expérience, merci d’éclairer notre lanterne. Questions: comment la préparer, que doit-on y intégrer pour pouvoir la tourner et l’utiliser en céramique, c’est à dire avec une cuisson à haute température?

Argile rouge

Extraction de l’argile à 30cm de profondeur , déposée sur une table et exposée au soleil et aux intempéries pour la faire « murir »

Extraction, malaxage, lévigation, tamisage, séchage

Pelle mécanique pour extraire l'argile
Mini-pelle pour extraction
Betonniere électrique pour malaxage
Malaxage à la bétonnière

Puis lévigation sur des tuiles disposées en pente et tamisage au tamis 60

Enfin séchage dehors sur plaques de plâtre

Séchage de l'argile sur carreaux de plâtre
Argile tamisée déposée sur des carreaux de plâtre de 7cm d’épaisseur
Argile roulée après une nuit de séchage
Récolte après une nuit de séchage dehors
Argile étalée sur carreaux de plâtre dans la poterie
Séchage à l’intérieur pendant 24h

Enfin, le lendemain, pétrissage et façonnage de briques enveloppées dans des sacs en plastiques placés dans des seaux en plastiques fermés avec un couvercle et stockés dans la poterie,

On peut alors démarrer  les essais :

Pétrissage à la main des pots
Les pots façonnés à la main contiennent de l’argile crue (N°1 en bas à droite)) ou de l’argile mélangée à du sable fin et/ou à de la chamotte en quantité progressive 5%-10,15, 20, 25%
Pots cuits en four électrique à 980°
Aucun pot ne s’est fendillé après cuisson à 980°
Cuits à haute température, ces 3 pots n’ont pas fondu, ils sont devenus de couleur noirâtre par oxydation du fer. On peut en conclure que cette argile locale est une argile ferrugineuse non fusible
Tournage et cuisson de  3 pots en argile rouge
Tournage : ces 3 pots en argile rouge ont pu être tournés facilement, l’argile est très plastique. Après cuisson à 980°, ils sont de couleur orange clair et aucun ne s’est fendillé.
Cuisson des pots au feu de bois ouvert
Après cuisson au feu à bois très vif: celui de droite était au centre du feu et a cassé, les deux autres un peu à l’écart ont résisté

Dans cette première expérience d’utilisation de l’argile locale, nous avons opté pour l’ajout à l’argile de composants hors-commerce: de la silice provenant d’un sable fin non tamisé issu des Saintes Maries de la Mer ( 5 à 25 volumes ) puis de la chamotte provenant de la réduction en poudre d’un dégourdi en grès dans les mêmes proportions. 

On va aller chercher une autre argile, claire celle-ci, qu’on a repéré et tenter une nouvelle expérience

ARGILE BLANCHE LOCALE

Nous voilà revenu avec un seau et un sac de cette argile repérée au bord d’un ruisseau qui était sec cet été mais la dernière pluie nous a imposé de mettre les bottes pour en récupérer. Après fragmentation dans une bassine et retrait des impuretés, feuilles, épines, branches… je la tamise avec un tamis de maçon à mailles de 1mm. Puis je mets le même volume d’eau ( de pluie car non calcaire) et je la brasse avec un manche à balai en écrasant les morceaux contre la paroi de la bassine. Quand j’ai obtenu une bouillie crémeuse je retire ce qui flotte en suface, végétaux, insectes… et je verse le tout dans une autre bassine en réservant le fond qui ne s’est pas fragmenté ni dissous. Je laisse reposer la nuit. Au matin, je prends ma balance, 16 pots en plastque à fromage blanc et verse 250g d’argile crémeuse dans chaque pot. Dans les 7 premiers pots, je ne mets que cette argile blanche. Dans les 9 autres pots je mets 250g d’argile rouge locale et mélange le tout . Pour les pots N° 1 et 8 je laisse l’argile seule. Pour les autres pots j’ajoute du kaolin sec 5, 10, 15, 20g pour les pots 2, 3, 4, 5, 9, 10, 11, 12 et Kaolin + sable fin 20g/10g dans les pots 6 , 13 et 20g/20g dans les pots 13 et 14. Enfin, pour les pots 15 et 16, fantaisie, ajout de poudre de bauxite rouge violacée récoltée dans une mine désaffectée à raison de 10g et 20g. On attend une journée puis on retire l’eau surnageante de tous les pots avec une petite poire en caoutchouc. On répète l’opération le lendemain et après 48h, la pâte est étalée sur deux blocs de plâtre bien sec en numérotant les dépots. Apès 24h, elle est prête à être utilisée. Après malaxage, on façonne par pétrissage des boudins qu’on replie en forme d’anneau (donuts) pour évaluer la plasticité. Celle-ci est excellente pour tous les donuts. Puis on les roule en boules et on enroule chaque boule dans une feuille de plastique fine alimentaire ( rouleau) pour les conserver sans qu’ils se désèchent et qu’on numérote. Enfin, on commence à les tourner les uns apès les autres et miracle, ils se tournent bien sans se fragmenter. On les laisse sécher sur une planche en contre-plaqué pendant 2 jours et on les cuit au four électrique à 980°.

Résultat: Après cuisson, le fond s’est fendu pour de nombreux pots, sauf les N°4 et 7 . C’est surprenant mais c’est probablement du à l’argile blanche car l’argile rouge initiale avait bien résisté. Par contre, la couleur est plutôt sympa. On n’abandonne pas, au lieu d’un mélange d’argile rouge et blanche 50/50 on va essayer d’autres mélanges avec argile rouge dominante.

 

Concassage de l'argile blanche récoltée
Concassage à sec avec un pilon de l’argile blanche récoltée
Malaxage de l'argile mélangée à l'eau de pluie (50%)
L’argile concassée est déposée dans une bassine et on ajoute un même volume d’eau , de pluie de préférence car non calcaire. On remue en écrasant les mottes sur les bords jusqu’à obtention d’une crême argileuse

Aspiration de l'eau surnageante avec une poire

Des échantillons de même poids de cette crême argileuse sont placés dans des pots en plastique. La moitié (1à 7) en argile blanche pure, et de 8 à 14 un mélange à 50% d’argile blanche et d’argile rouge, avec pour les deux catégories une proportion progressive de 0 à 25% de kaolin et pour les 6 ,7, 8, 15 un ajout de 10 à 15% de sable fin. L’eau surnageante est apirée avec une poire le lendemain

Après divers mélanges dans chaque pot, étalage et séchage on pétrit des donuts
Après divers mélanges dans chaque pot, étalage et séchage, on pétrit des donuts pour évaluer la plasticité de l’argile
Boules d'argile
Pétrissage de boules entourées d’un film de plastique fin et numérotées pour conservation avant tournage
Tournage des pots
Après tournage et séchage, les pots on bien résisté sauf un dont le fond est resté collé au rondeau.
Cuisson des pots à 980°
Après cuisson à 980°, le fond s’est fendillé sauf pour le 4 et le 7 composés d’argile blanche avec kaolin 15g pour le 4 et avec kaolin 30g et silice 15g pour le 7

03/11/2022

La production d’argile locale (la rouge) est désormais lancée avec la bétonnière qui malaxe, la lévigation sur tuiles romanes, le tamisage avec tamis de 60 puis 80 puis 100 l’argile étant à la fin du procédé de tamisage déposée dans un drap reposant dans un grand conteneur d’arbre percé au fond. Le drap contenant l’argile est ensuite placé sur une brouette, rentré à l’intérieur de la poterie et déposé sur une plaque en plâtre pour séchage.  Environ 30 Kg sont récoltés à chaque fois. Elle se tourne remarquablement bien, et après nos essais précédents il est clair qu’on n’a rien à y ajouter, on l’utilise crue.

Par ailleurs, on tamise l’argile blanche locale qui est impropre à réaliser des tessons comme on l’a vu mais qui pourrait convenir pour de l’engobe. Là aussi, malaxage à l’eau de pluie, tamis de 80 et de 100, puis dans des flacons de verre et chaque jour, aspiration de l’eau surnageante avec une poire, séchage à l’air pendant plusieurs jours, puis broyage dans un pilon jusqu’à obtenir une poudre fine qui servira de base à l’engobe (voir essais engobe)

01/12/2022 Une très bonne nouvelle, l’argile rouge qu’on a utilisée résiste à 1260°, elle devient brunatre mais ne fond pas, c’est donc une argile ferrugineuse non fusible qu’on va pouvoir émailler et utiliser en céramique, soit pure soit mélangée à d’autres argiles du commerce.

05/03/2023 Après divers essais, nous avons décidé d’arrêter d’utiliser la terre locale, pourquoi? Parce-que cela est énergivore et « time »comsuming » or du temps il en faut beaucoup pour toutes les autres activités. De plus, le résultat escompté n’était pas toujours au rendez-vous. On reprendra lorsqu’on aura un four à bois pour créer des objets de volume plus important.