Tu voudrais qu’il soit de couleur noire sans émail ni engobe
Tu vas le faire cuire dans la sciure
Procure-toi le matériel:
1/ La lessiveuse
Procure toi une lessiveuse d’occasion sur « le bon coin » ou dans un vide grenier.
Perce des trous tout-autour à la base d’environ 15mm.
Prévois une tôle pour la couvrir
2/ La sciure ou les copeaux de bois
Prends-les chez le menuisier près de chez toi, c’est gratuit. Prends la peine de les faire sécher. Place les au fond de la lessiveuse et autour de ton pot.
3/ Le charbon de bois
Achète un sac de charbon-de-bois
Place le charbon-de-bois au-dessus de la sciure, en une seule couche
6/ Du petit bois
Il sert à l’allumage, au-dessus du charbon-de-bois
4/ Les gants
Une nécessité si tu ne veux pas te brûler les doigts
5/ L’allume-feu
Très utile pour démarrer le feu
Allume le feu
Le petit-bois brûle, le charbon-de-bois s’embrase. La poterie est au centre, entourée de sciure qui se consume lentement.
Couvre la lessiveuse
Une fumerolle s’échappe, rien de gênant pour les voisins.
Laisse brûler
Jusqu’à extinction, pendant environ 4 heures.
Découvre ton pot
Il est noir de noir. Le blanc c’est dû à un morceau de charbon de bois incandescent qui a glissé contre le pot.
Lave ton pot, le noir reste, c’est le critère de réussite.
Lustre ton pot avec de la cire blanche
C’est pas cher, c’est pas compliqué et ça marche.
Si le feu s’arrête, relance le avec du petit bois.
Si c’est trop rapide: les trous de la lessiveuse sont trop gros ou trop nombreux. Colmate en quelques uns avec de l’argile.
Evite de le faire s’il y a du vent car la combustion sera trop rapide.
Inconvénient: c’est un peu long parce qu’il faut le faire pot après pot. Evite de mettre plusieurs pots parce que toutes les faces du pot ne seront pas noircies.
Pour en savoir plus sur les enfumages de poteries, tu peux te reporter au chapitre « feu de bois et enfumage »
Mon choix se porte sur 2 bases déjà utilisées et validées en laboratoire pour un usage en poterie utilitaire. Je sais que l’ajout d’oxydes différents de ceux de l’émail testé peut en modifier le résultat mais au moins je ne cours pas de risque sur le choix de la base.
N°1: KG Keen Green N° 6356 déjà utilisée pour les verts: Potash Feldspar 48,42; Silice 19,79; Gerstley borate 14,32; Craie 8,53; Dolomie 6,32 ; Kaolin 2,63
et
N°2: Vienne 2025 déjà utilisée pour le rose : Wollastonite 25; Ferro Frit 3134 20; Kaolin 20; Silice 20; Feldspath potassique 15; Oxyde d’étain 5; Bentonite 2.
2/ Choix des oxydes
Trois fluidifiants (ou cristallisoirs – opacifiants) en quantité fixe : Ox. Manganèse 0,5 / Dioxyde de Titane 3 et Oxyde de Zirconium 2. Ils ont pour objectif de faire varier le rendu de l’émail, de lui donner un aspect perlé ou granité, de le matifier.
L’oxyde de fer pour le rouge, l’oxyde de chrome pour le vert, l’oxyde de cobalt et l’oxyde de cuivre pour le bleu avec des dosages faibles pour ne pas nuire à un usage utilitaire : 0,03 – 0,05 pour l’Ox. de Chrome et l’Oxyde de Cobalt et 0,3-0,5 pour l’oxyde de Cuivre
20 essais avec la base N°1 + 3 opacifiants
KG Kenn Green N°6356
%
Potash Feldspar
48,42
Silice
19,79
Gerstley Borate
14,32
Craie
8,53
Dolomie
6,32
EP Kaolin
2,63
Di Ox. Manganèse
0,5
Di Ox. Titane
3
Oxyde de Zyrconium
2
Ajout des 3 oxydes:
Essai N°
KG N° 6356
Ox. Cobalt
Ox. Chrome
Ox. Cuivre
1
Oxyde = 0
2-3
Ox. Fer
0,7-0,9
4-5
Ox. Cobalt
0,03-0,05
6-7
Ox. Chrome
0,03-0,05
8-9
Ox. Cuivre
0,3-0,5
10-11
Ox. Fer
0,5
0,03-0,05
12-13
Ox. Fer
0,5
0,03-0,05
14-15
Ox. Fer
0,5
0,3-0,5
16-17
Ox. Cobalt
0,03
0,03-0,05
18-19
Ox. Cobalt
0,03
0,3-0,5
20
Ox. Fer
0,5
0,03
0,3
20 essais avec la base N°2 + 3 opacifiants
Retrait de l’oxyde d’étain en raison de l’ajour des 3 autres fondants
Vienne 2025 sans Ox. d’étain
%
Wollastonite
25
Ferro Frit 3134
20
Kaolin
20
Silice
20
Feldspath potassique
15
Bentonite
2
Di Ox. Manganèse
0,5
Di Ox. Titane
3
Oxyde de Zyrconium
2
Ajout des 3 oxydes
Essai N°
Vienne 2025
Ox. Cobalt
Ox. Chrome
Ox. Cuivre
1
Oxyde= 0
2-3
Ox. Fer
0,7-0,9
4-5
Ox. Cobalt
0,03-0,05
6-7
Ox. Chrome
0,03-0,05
8-9
Ox. Cuivre
0,3-0,5
10-11
Ox. Fer
0,5
0,03-0,05
12-13
Ox. Fer
0,5
0,03-0,05
14-15
Ox. Fer
0,5
0,3-0,5
16-17
18-19
20
Ox. Cobalt
Ox. Fer
Ox. Fer
0,03
0,5
0,9
0,03-0,05
0,05
0,03-0,05
0,03-0,05
0,05
0,3-0,5
0,5
Résultat après cuisson à 1200°C en oxydation
Devant : base Vienne, derrière: base KG
1: Base seule: KG = blanc, Vienne = marron
2-3: Oxyde de fer
4-5: Oxyde de cobalt
6-7: Oxyde de chrome
8-9: Ajout d’Oxyde de cuivre
10-20: Compositions d’oxydes sans variation notable
Conclusions:La couleur originelle de la base est dominante, ici le blanc pour KG et marron pour Vienne. L’ajout d’oxydes de fer, de cuivre, de chrome et de cobalt à faible concentration ne modifie pas notablement la couleur par rapport à la couleur initiale de la base.
Je ne retiens que les 2 émaux ci-dessous de couleur gris-vert:
Wollastonite 25
Ferro Frit 3134 20
Kaolin 20
Silice 20
Feldspath potassique 15
Oxyde d’étain 5
Bentonite 2
Di-Oxyde de Manganèse 0,5
Di-Oxyde de Titane 3
Silicate de Zyrconium 2
Avec comme oxydes différents:
Email « V Rioco » : Ox. Fer Rouge 0,5 + Ox. Cobalt 0,3
Je ne pars pas de zéro, les essais initiaux étaient concluants, voir l’article « argile du jardin »
Cuisson en dégourdi à 980°C de pots en argile locale
Voici son analyse chimique réalisée par la Société Française de Céramique:
SiO² 75,52; Al2O3 13,19; TiO2 0,82; Fe2O3 4,35; CaO 0,66; MgO 0,89; K2O 0,89; Na2O 0,70; P2O5 0,09 et Perte au feu à 1150°C 4,32
L’analyse chimique ne permet pas de dire dans quelle catégorie ranger cette argile. Connaître sa composition ne suffit pas pour prédire ses propriétés physiques.
SiO² 65,30; Al2O3 21,10; TiO2 0,80; Fe2O3 1,41; CaO 0,22; K2O 1,68; Na2O 0,32; MgO 0,15; MnO 0,02 et Perte au feu 9,00
Quelle méthode appliquer pour savoir comment l’utiliser en poterie?
De mes précédents essais je retiens: argile de bonne qualité, qui se tourne bien, qui se cuit un peu comme du grès, à 980°C pour le dégourdi (elle devient de couleur orange) et à 1200°C pour une couverte ou un émail . Elle donne une belle couleur rouge grenat à 1200°C.
Tasse en argile locale émaillée : belle couleur rouge grenat mais fendue
A 1280°C elle devient noire (magnétite) et se met à fondre:
3 pots en argile locale cuits à 1280°C couleur noire et collés à l’assiette en grès
Tout d’abord, je dois choisir le type de cuisson:
– pour la 1ère cuisson en dégourdi: 980°C comme le grès ou 1020°C comme la faïence, ou entre les deux : 1000°C ? Je vais choisir 980°C car j’ai déjà essayé et les résultats étaient corrects. De plus, ça me facilitera la gestion du four de ne pas avoir une nouvelle courbe de cuisson dédiée.
– pour la 2ème cuisson après couverte ou émail: je vais choisir 1200°C car en dessous la couleur serait moins belle et les pores seraient moins fermés. Au dessus de 1200°C, je crains le début de fusion et la magnétite noire comme ci-dessus. En plus, je cuits beaucoup d’émaux sur grès à cette température, donc je me facilite la tâche dans la gestion des courbes de cuisson.
Ensuite, je cherche une recette d’émail compatible:
Je veux éviter que le pot se fende comme sur la photo ci-dessus. Dans l’article sur le coefficient de dilatation thermique , je précise: « il faut que le CDT de l’émail soit inférieur à celui de la pâte. Des tolérances sont acceptables, évaluées à 10 à 15 points pour la faïence et à 1 à 5 points pour le grès et la porcelaine. »
Faisons appel à deux personnes compétentes: Jean-Pierre PRIETO et Christian CHARRE
Je leur envoie la photo, la composition de l’argile et la composition de deux émaux qui ont entraîné la casse du pot et leur demande comment éviter cela:
Argile: SiO² 75,52; Al2O3 13,19; TiO2 0,82; Fe2O3 4,35; CaO 0,66; MgO 0,89; K2O 0,89; Na2O 0,70; P2O5 0,09 et Perte au feu à 1150°C 4,32
Email 2 : Fritte 3195 39,85, Sil 27,35, Cornwall stone 18,48, craie 8,87, Ox Zinc 5,45
Les réponses des experts:
Réponse de Jean-Pierre PRIETO:
» Au refroidissement le pot a voulu continuer à se contracter mais l’émail à l’intérieur ne l’a pas laissé faire. L’émail est épais, le pot est fin, donc c’est l’émail qui a gagné la bataille. Essayez d’augmenter le coefficient de l’émail, ou bien d’émailler plus fin ou bien de tourner plus gros «
Tableau joint à ce commentaire montrant le taux d’expansion des composants:
Réponse de Christian CHARRE:
» En regardant tes analyses et les formules des émaux je constate qu’il y a une différence d’élasticité entre la pâte et les deux émaux . Ta pâte est autour de 70 gpa et tes deux émaux autour de 80 . Donc un écart qui provoque très probablement la casse. Ta pâte ne contient pas tout à fait assez de silice ; il faudrait monter entre 73 et 75 °/° . Le mieux serait de mettre de la cristobalite forme calcinée de la silice. C’est peut être la première chose à tenter si tu veux conserver tes émaux à l’identique.
Tu peux aussi essayer d’augmenter la durée de cuisson et la température de cuisson. Sinon, si tu ne veux pas toucher à la pâteil faut modifier les émaux et baisser leur élasticité. C’est plus compliqué mais on peut calculer l’élasticité et ajouter ou retirer des matériaux en vue de baisser ou monter celle ci. Cependant vu que l’écart est assez important et qu’il faut plutôt que l’élasticité de l’émail soit inférieure à celui de la pâte et pas l’inverse il sera sans doute difficile de baisser l’élasticité de tes émaux sans les modifier notablement. »
Mes conclusions:
Augmenter la teneur en silice de l’argile: Non, elle contient déjà 75,52% de SiO² et ne suis pas certain de produire un mélange homogène et reproductible donc reste avec l’argile pure.
Tourner plus gros : personnellement je préfère les pots fins donc pas de changement
Emailler plus fin: oui, je vais émailler un peu plus fin (deux couches au lieu de trois)
Baisser l’élastiticité de l’émail: voilà ce que je vais tenter de faire, non pas en reprenant et modifiant les deux émaux précédents. Je vais baisser l’élasticité de nouveaux émaux (autour de 65 gpa) afin qu’elle soit inférieure à celle de la pâte (70gpa)
Au total, je dois donc tourner un peu plus épais, émailler un peu plus fin, appliquer un émail d’élasticité plus faible.
Comment faire baisser l’élasticité d’un émail?
Quels matériaux contribuent à faire baisser l’élasticité? Dans ma recherche sur internet, je trouve une réponse dans « ceramique-technique.com » :
La caractéristique d’élasticité d’un matériau est définie par le module de Young exprimé en GPa. Plus la valeur du module est basse et plus le matériau acceptera une déformation mécanique.
Essais prévus au printemps quand la météo sera plus clémente.
Je jette l’argile dans une bétonnière avec de l’eau. Puis je la filtre au tamis à maille 80 et 100 donnant une pâte liquide. Je la laisse environ 2 jours dans un drap déposé sur la terrasse et la laisse enfin reposer sur une plaque de plâtre.
2/ Augmenter l’élasticité de l’argile
Pour l’instant, je choisis de ne pas modifier la composition des émaux et plutôt tenter d’augmenter l’élasticité de l’argile.
2a/ Reproduire la composition de l’argile locale
Je rentre les matières premières dans Libpotoulz. C’est en tâtonnant que j’arrive à obtenir la composition la plus proche de celle de l’argile et donc obtenir son élasticité: 71,39 Gpa.
2b/ Augmenter l’élasticité de l’argile
Là aussi, c’est en essayant divers composants que j’arrive en à trouver deux qui pourraient convenir: le silicate de Zirconium et la Colomanite borocalcite
Je les ajoute à la formule de l’argile dans Libpotoulz et obtiens:
Le silicate de Zirconium 14,89% : élasticité 80,19Gpa
Colemanite12,8% et Silicate de Zirconium4,27%: élasticité=80,09 Gpa
Dans les deux cas l’élasticité de l’argile devient égale ou supérieure à celle des émaux dont je ne modifie pas la composition.
2c/ Faire des essais avec l’argile brute et modifiée
Tournage de pots avec les 3 types d’argile que je vais laisser sécher et cuire dans les mêmes conditions.
Tournage de pots en argile brute et en argile modifiée (Zironium et Colemanite + zirconium) après tournassage