Créer un émail de type « pierre veinée »

Comment créer un émail d’aspect « pierre veinée »?

Couleur pierre veinée chaude
Couleur pierre veinée froide

Veinage, texture et couleur de la pierre

Qu’est ce que le veinage d’une pierre ?

  • Le veinage désigne les traits visibles dans une pierre : veines, lignes, marbrures, stries ou réseaux plus ou moins sinueux. En clair, c’est la signature graphique du matériau. Elle n’est pas ajoutée artificiellement : elle vient de la pierre elle-même.
  • La couleur : la teinte dominante de la pierre.
  • La texture : l’aspect de surface et l’organisation visible des grains, cristaux ou pores.

Je ne garantis pas le résultat, je décris la méthode et en donne le résultat à la fin qu’il soit réussi ou non. 

Voyons successivement : La Base, Les Oxydes, le Support, la Cuisson, la Fabrication, l’Application

 ESSAI N°1 : Sue’s Calcium Matte

La Base

La base est créée à partir de  Sue’s Calcium Matte

D’après mes recherches, c’est une base qui se rapproche le plus de la texture de la pierre

 Néph. Syénite30%-Talc20%-Carb. de Calcium15%-KaolinA15%-Silice400 20%

La Néphéline syénite, à la différence des feldspaths ne contient pas de quartz: Silice 60% et Al2O3 23%. C’est  le support essentiel de cette base.

Le Talc contient 32% de MgO et 63% de Silice. Il apportera le toucher satiné de la pierre par l’apport de magnésium

Le Carbonate de calcium est un fondant stabilisateur de l’émail qui matifie

Le Kaolin A contient 51% de silice et 35% d’Al2O3. L’alumine stabilise l’émail et l’empêche de couler

La Silice c’est le squelette, l’ossature de l’émail par la formation de verre

Les Oxydes

A ajouter au-dessus des 100% de la base

3 variantes

1/ Rutile 4-Bi-Oxyde de Titane2-Ox.Fer Rouge1-Bentonite2

Le Rutile pour la couleur pierre

Le Dioxyde de Titane pour renforcer l’opacité et l’aspect pierre

L’ Oxyde de fer rouge pour l’aspect pierre naturelle

La Bentonite pour améliorer la suspension de l’émail

2/  Rutile 4%-Bi-Ox.de Titane2%-Ox.Fer Rouge1%-Bentonite2%-Ox.Etain2%

L’ajout d’Oxyde d’Etain est censé donner une teinte plus chaleureuse

3/  Rutile 6-Bi-Oxyde de Titane2-Ox.Fer Rouge2-Bentonite2

L’argile

Le support influence le résultat de l’émail de par sa composition et de sa courbe de cuisson: deux supports sont utilisés pour cette étude:

La fabrication de l’émail

Préparer 50g de base en utilisant une balance de précision: diviser par 2 le % de chaque composant donné pour 100g . Exemple Néphéline syénite 30% soit 30g/100g devient 30/2= 15g

Diviser en 3 pots de 16,5g chacun et ajouter les oxydes selon les 3 variantes en divisant par 2 puis par 3 le % initial, par exemple: Rutile4% soit 4/2=2 et 2/3= 0,66g

Ajouter 8ml d’eau dans chaque pot.  Densité de l’émail 1,5

Une fois l’eau ajoutée, bien remuer avec une tige fine puis tamiser au tamis maille 100 en versant le contenu dans un autre pot. Il est très important de tamiser pour s’assurer que toutes les particules de base et d’oxydes sont parfaitement mélangées.

L’application de l’émail

Au pinceau sur les 6 tessons qui servent aux essais

Pour l’application au pinceau sur des pièces, ajouter la CMC (carboxy-methyl-cellulose) ou du papier hygiénique broyé et tamisé qui aura le même effet de mieux étaler l’émail. Le mieux est le trempage de 2 à 3 sec.   ou la pulvérisation.

Faire au verso du tesson une application moyenne de 3 couches successives en alternant l’étalement: vertical-horizontal-vertical.

Au recto du tesson, faire une application en 4 couches et essuyer l’émail avec une petite éponge humide pour donner des effets

La cuisson en oxydation (four électrique)

Deux cuissons différentes selon la terre, dans le petit four électrique dédié aux essais

  • L’argile locale Cuisson du biscuit à 1020°C et cuisson de l’émail à 1100°C

Résultat:

Argile locale – 1100°C

Recto
Verso

GSA – 1250°C

Le résultat est décevant:

Sur argile locale, blanc laiteux sans veines. Texture proche de celle de la pierre

Sur GSA, marron clair sans veines, texture satinée, un peu brillant

ESSAI N°2  SUE’S CLEAR

Sue’s Clear 3134 

V 1: Sil400 26,4; Kaolin EPK 22,2; F3134 14,86; Ne Syen 14,22; Carb. Ca14,22; Ox. Etain 4,59; Ox. Fer Rouge 1,83

V 2: Sil400 24,4; Kaolin EPK 20,6; F3134 13,8; Ne Syen 13,2; Ox. Zirconium 8,5; Rutile 4,27; Ox. Fer Rouge 1,7

Support et Cuisson

GSA

Cône 5 1/2: 1200°C en oxydation

Résultat

Recto: V1 à gauche, V2 à droite
Verso V1 à gauche, V2 à droite

Résultat satisfaisant: cet émail  se rapproche de l’image de pierre veinée avec à gauche la teinte froide  et à droite la teinte chaude créée par l’apport de rutile. Texture satinée, proche de la pierre ou du galet.

Cet émail n’est pas tamisé, c’est peut-être ce qui donne cet effet de granulations sous forme de petits points noirs de l’oxyde de fer.  J’aurais souhaité un peu plus de veines, cherchons encore …

 

 

 

 

Les allées céramiques à Toulouse

Les allées céramiques Toulouse-2026

Organisée par l’association Terre-et-terres , l’édition 2026 est particulièrement réussie, attirant une foule de visiteurs.

Parmi les oeuvres magnifiques présentées par ces artisans de l’art, en voici quatre qui ont retenu notre attention.

Betty VERGNAUD

Je représente

des vivants, incarnés par leur force, leur mouvement et leur masse, des animaux d’avant domestication : l’ours, l’auroch, le sanglier. Ces grands mammifères, fascinants, menaçants et originels, dégagent une force que l’humain a toujours à la fois crainte et vénérée. Je cherche à saisir cette puissance de vie dans mon modelage.

J’utilise

différents grès que souvent je mélange, avec parfois des ajouts de matières, puis je sculpte dans la masse. Oxyde de fer, engobes et terres de récoltes pour habiller mes pièces, j’aime les teintes sombres et rougeoyantes de la réduction du four à gaz (entre 1250° et 1280°).

Je cuis

parfois dans des fours à bois (anagama et trainkiln) en Dordogne : de longues cuissons où le collectif et le feu se mêlent pour faire vibrer nos pièces. »

Betty Vergnaud travaille le grès et cuit ses émaux dans un four à gaz

Elisa Le GUERM

Mon travail sculptural

autour du contenant évoque des formes de pots anciens. En éloignant la fonctionnalité, la forme naît, et de celle-ci émerge un effacement progressif du geste.

La terre sud-américaine

en Amazonie a vu naître mon engouement pour la céramique. La rencontre avec l’art précolombien et les techniques de façonnages traditionnels de communauté potière résonnent, éveillent ma curiosité et mon envie d’apprendre.

A mon retour en France

j’intègre la maison de la céramique de Dieulefit en 2021 et y installe  mon atelier

Je récolte

différentes argiles au hasard des lieux et des rencontres, argiles que je décante par un processus lent, pour récupérer seulement les particules les plus fines.

Je cuis

en four à bois basse température ou en four à gaz à entre 1050 et 1280°.

 

Jérome HIRSON

Mon oeuvre

s’inscrit dans une céramique contemporaine et j’essaie d’être fidèle à cet art populaire. Mes créations sont utilitaires et aussi des pièces uniques.

Mon travail

se définit par ses irrégularités, imperfections, caractère épuré, spontanéité du geste et sobriété définissent mon travail.

 J’utilise

essentiellement le modelage (colombin, par pincement) car cela me permet de garder une humilité face à la Terre et de fusionner mon corps et mon esprit avec elle. »

Je n’ai qu’un seul émail,

c’est le fer contenu dans la terre qui va donner la couleur et joue aussi avec l’épaisseur de celui-ci pour obtenir des effets sur les pièces.

Je cuis

en haute température dans un four électrique à basse température

Clément PETIBON

Je construis

mon travail d’expression plastique autour de la forme du bol. Je l’imagine comme le réceptacle de nos vies. Il est l’objet par essence, qui nous accompagne et nous nourrit. Il accueille nos récits quotidiens partagés en son sein. Objet-talisman, le bol navigue dans notre environnement et capte notre énergie. Il appartient aujourd’hui à ceux qui le choisissent de le nourrir en retour.

Mes bols

montrent l’érosion du temps et invitent à nous souvenir. Ils sont des fresques de matières, effervescentes et accidentées comme nos vies. Chaque point de vue laisse une impression différente et invite à la contemplation, au souvenir. Ce sont des vestiges contemporains marqués par l’écueil de la flamme.

Je confronte

les matériaux à des chocs thermiques pour en extraire des strates géologiques. Alternativement, en retirant et ajoutant de la terre, je construis mes décors pour trouver le point d’équilibre entre les couleurs et les matières.

J’utilise

plus d’une dizaine de terres différentes que je mêle entre-elles. J’ajoute et retire des fragments de terre

J’étale

la terre  à la plaque (au rouleau)

Je cuis

entre 1260 et 1280°C, l’intérieur est émaillé et l’extérieur reste brut

 

 

Densité d’un émail : combien ajouter d’eau?

Mon émail est presque prêt. Pour prévoir environ 700g d’émail, j’ai préparé 400g de matière sèche. Il faut y ajouter de l’eau! Mais combien dois-je en ajouter pour avoir une densité de 1,5?

Comme toi, j’ai horreur des calculs avec formules mathématiques, ça me rappelle trop les bancs de l’école alors que faire? J’ai plusieurs solutions rapides:

1-J’ajoute de l’eau  » a visto de naz » et mélange pour voir s’il se malaxe bien, qu’il colle à la louche mais pas trop. Quelle flemme,  je fais ça alors que je sais que je peux me planter.

2- Je trempe un ongle pour voir si l’émail y colle bien? Si c’est l’ongle de mon petit doigt qui me le dis et que c’est fiable, mon petit doigt vaut de l’or.

3- Je décide de ne pas me servir d’un densimètre pour mesurer la densité. C’est théoriquement fiable sauf que si l’émail est visqueux, ce ne sera pas plus fiable que mon petit doigt

La méthode proposée:

1/Achète un pot de cuisine en plastique gradué de 2L

12€

Pèse le avant de t’en servir et note le

Celui-ci pèse 180g

Verses-y les 400g de poudre et ajoute 280ml d’eau (70% du poids d’émail sec). Pèse le tout: 400+280+180g = 860g. La graduation te donne 422ml (valeur arbitraire, dépendant des matières contenues dans ton émail).

2/Clique ici sur le lien : poterie.net

et entre les valeurs dans les cases :

– volume du contenant= 422ml

– poids du contenant vide=180g

– poids du contenant plein =860g

Densité=  1,61

3/Prends la seringue de 20ml

Ton pharmacien peut t’en donner une dont la date de  péremption de stérilisation est dépassée

3a/ Prélève 20ml d’eau, verse la dans le pot et corrige les valeurs 

– volume du contenant=442ml

– poids du contenant vide=180g

– poids du contenant plein =880g

Densité = 1,58

3b/Verse 70ml d’eau et corrige les valeurs

– volume du contenant=512ml

– poids du contenant vide=180g

– poids du contenant plein =950g

Densité= 1,5   c’est gagné!

Résultat:

Tu as ajouté en eau: 90ml + 280ml =  370ml au total soit 92,5% des 400g de matière sèche

Attention! Les poids sont exacts car tu les as mesurés. Les volumes dépendent des composants de ton émail et c’est la variable à vérifier sur la graduation du pot pour le calcul

J’ai mis trop d’eau au départ!

Si j’ai ajouté trop d’eau, que faire? Oui, ça peut arriver avec certaines matières sèches qui font plus de volume que de poids. C’est le cas par exemple des cendres, du kaolin…

Exemple, en ajoutant toujours 70% d’eau pour 400g :

– volume du contenant=512ml

– poids du contenant vide=180g

– poids du contenant plein =860g

Densité= 1,33

Retirer de l’eau? Non, ajouter du sec

Je ne peux pas retirer de l’eau de l’émail mais je peux refaire 200g d’émail sec et l’ajouter au mélange:

– volume du contenant= 586ml

– poids du contenant vide=180g

– poids du contenant plein =1060g

Densité = 1,50    Ouf  j’ai rattrapé le coup !

Ajouter de l’eau c’est facile mais ajouter du sec, c’est plus compliqué, surtout s’il faut en re-préparer

Alors, comment éviter de devoir ajouter de la matière sèche

Méfie toi de la matière sèche, par prudence, ajoute seulement 50% d’eau au départ comme le préconise Christine Ladevèze dans son PDF sur « les émaux noirs » et progressivement en contrôlant les valeurs, ajoute de l’eau par seringue de 20ml puis de 10ml lorsque tu te rapproches de la densité recherchée

Aller plus loin en un click:

Joëlle Swannet

Valérie Beuslin

Sarah Cambot

Matthieu Lievois

Poterie.net : plateforme et  communauté de référence des passionnés de poterie et de céramique en France

Hanna_des_bois

Les pavements en argile de l’abbaye de Moissac

Au cours d’une visite dominicale de l’abbaye St-Pierre de Moissac, découverte d’une exposition sur les pavements en terre cuite fabriqués et utilisés sur place à partir du XIIe siècle jusqu’au milieu du XVIe siècle.

Les chapiteaux du cloître et le grand portail : reconnus au patrimoine mondial par l’UNESCO au titre des chemins de Saint-Jacques de Compostelle.

Le grand portail et son tympan
Le cloître et ses chapiteaux

Dans le sud-ouest, l’abondance de l’argile favorise son utilisation dans les pavages.

Les Pavements en terre cuite au Moyen-Âge

Exemples de techniques de décors jusque vers 1260:

Carreaux de mosaïque glaçurés

De motifs simples imitant les mosaïques de marbre

Carreaux à décor incisé

Décor incisé à la main au moyen dune pointe ou imprimé en creux ou en relief au moyen d’une estampe

Carreaux estampés bicolores

Motif estampé puis rempli d’argile

En vallée de Garonne, les carreaux seraient l’oeuvre d’un atelier bordelais itinérant qui aurait travaillé vers 1270 à Agen, Moissac, Belleperche, Grandselve, Moissac puis à Toulouse, Lagrasse vers 1296 et Montpellier .

Les pavements de l’abbaye de Moissac

Carreaux de « mosaïque rectiligne »

Remplissent les tapis en créant des motifs bicolores en damiers, zig-zags…

Carreaux estampés bicolores

Figures de cerf, couple couronné et un oiseau

Carreaux faïencés

Faïence recouvertes de glaçure stannifère (contenant de l’étain) décorés de motifs peints tracés au manganèse (ici un oiseau)

Les couleurs se sont altérées avec le temps et avec l’usure provenant du pas des moines arpentant les salles et les galeries pendant des siècles.

Techniques de fabrication

Les carreaux sont fabriqués dans des ateliers fixes ou itinérants par des tuiliers ou des potiers qui récupèrent la terre dans les champs et les talus. La terre  récupérée à l’automne est laissée à l’air libre tout l’hiver, retournée de temps à autre. Au printemps un ouvrier la foule en marchant pieds nus. Un ajout de sable à l’argile favorise sa consistance et évite une déformation pendant le séchage et la cuisson.

Le façonnage

Moulage du carreau

Placer un cadre en bois sur un plan de travail saupoudré de sable ou de cendre. Ce cadre est plus grand que le carreau définitif en raison du retrait de la terre au séchage et à la cuisson.

Cadre en bois sur lit de sable

Démoulage du carreau

Ce cadre est empli d’argile projetée et battue pour chasser les bulles d’air. Araser le haut avec une raclette ou un couteau. Le carreau démoulé est mis à sécher sur un plan ventilé à l’abri du soleil.

Carreau démoulé mis à sécher

Estampage du carreau

On imprime un motif en creux par pression avec une matrice en bois de profondeur 1mm pour un décor en engobe et de 5mm pour un décor incrusté

Matrice en bois appliquée par pression sur le carreau
Empreinte du motif en creux dans le carreau

La paraison

On découpe les bords du carreau à l’aide d’un couteau en utilisant un gabarit de format carré standardisé.

Le remplissage de barbotine blanche

L’empreinte est remplie de barbotine blanche (argile liquide à base de kaolin) qui est arasée en surface . Enfin, séchage de 3 à 4 semaines avant cuisson

Empreinte remplie de barbotine blanche

Les carreaux disparus de l’abbaye de Moissac

Dans les galeries du cloître en 1823, Alexandre du Mège observe et décrit un pavement étonnant, détruit en 1845.

En 1882, Daniel Belbèze et les membres de la société archéologique découvrent un pavement dans la chapelle gothique, à l’étage de la tour médiévale. Détruit en 1920, on le connaît grâce aux travaux de Jules Moméja en 1893.  Il occupait toute la surface de la chapelle de 7x3m

Carroyage géométrique de la chapelle